Tout salarié peut demander jusqu'à 12 jours par an de congé de formation économique, sociale, environnementale et syndicale, sans condition d'ancienneté ni mandat. Durée, délais de demande, salaire maintenu, refus de l'employeur soumis à l'avis conforme du CSE et recours aux prud'hommes : le point sur vos droits et sur le rôle des élus.
Vous venez d'être élu au CSE, ou vous souhaitez vous investir dans la vie syndicale de l'entreprise. Un syndicat vous propose un stage de deux jours sur le droit du travail. Votre employeur doit-il vous laisser partir ? Qui paie votre salaire pendant ce temps ? Et peut-il refuser ?
Le Code du travail répond par un droit méconnu : le congé de formation économique, sociale, environnementale et syndicale (CFESES), prévu aux articles L. 2145-5 et suivants. Il ne se confond pas avec la formation économique des élus du CSE, financée sur le budget de l'entreprise, ni avec la formation en santé, sécurité et conditions de travail.
📌 Point clé : tout salarié peut demander jusqu'à 12 jours par an de congé de formation économique, sociale, environnementale et syndicale, sans condition d'ancienneté ni mandat. L'employeur ne peut refuser qu'après avis conforme du CSE, si l'absence a des conséquences préjudiciables à la production et à la bonne marche de l'entreprise. Le refus doit être motivé et peut être contesté devant les prud'hommes.
⚖️ Qui peut en bénéficier et pour quelle formation
L'article L. 2145-5 ouvre ce droit à tout salarié qui souhaite participer à des stages ou sessions de formation économique, sociale, environnementale et syndicale. Aucune ancienneté minimale n'est exigée, et il n'est pas nécessaire d'être élu, délégué syndical ou syndiqué.
La formation doit être dispensée par :
- des centres rattachés aux organisations syndicales représentatives au niveau national (CGT, CFDT, CGT-FO, CFTC, CFE-CGC, UNSA, Solidaires) ;
- ou des instituts spécialisés, dont la liste est fixée par arrêté.
Un organisme de formation classique, même excellent, n'ouvre donc pas ce droit : la formation doit relever de l'un de ces deux cadres.
⏱️ Durée du congé : 12 jours, 18 pour les animateurs
L'article L. 2145-7 plafonne la durée totale des congés pris dans l'année à douze jours par salarié. Ce plafond monte à dix-huit jours pour les animateurs de stages et sessions. Chaque congé ne peut pas être inférieur à une demi-journée.
| Situation du salarié | Plafond annuel |
|---|---|
| Salarié participant à une formation | 12 jours |
| Animateur de stages ou sessions | 18 jours |
| Durée minimale d'un congé | Une demi-journée |
Le congé peut donc être pris en plusieurs fois dans l'année. Un salarié peut suivre deux journées en mars, trois en juin, puis une demi-journée en novembre, tant que le total reste dans la limite.
🧭 La démarche à suivre
Les organisations syndicales et les éditeurs spécialisés décrivent la procédure de la façon suivante.
- Une demande écrite. Le salarié l'adresse à l'employeur au moins 30 jours avant le début du stage, de préférence par lettre recommandée avec accusé de réception.
- Un contenu précis. La demande indique la date et la durée de l'absence ainsi que le nom de l'organisme responsable du stage.
- Une réponse sous 8 jours. L'employeur doit répondre dans les huit jours suivant la réception. Si le refus est motivé, il doit être notifié dans ce délai.
- Une attestation au retour. À la fin du stage, le salarié remet à l'employeur une attestation de présence.
Ces délais proviennent de la partie réglementaire du Code du travail, telle que la présentent la CFDT et les Éditions Tissot. Si vous préparez une demande, relisez les textes en vigueur avant de les citer à votre employeur.
🚦 L'employeur peut-il refuser ?
Le principe, posé par l'article L. 2145-11, est que le congé est de droit. L'employeur ne peut s'y opposer que dans un cas : lorsqu'il estime, après avis conforme du CSE, que l'absence pourrait avoir des conséquences préjudiciables à la production et à la bonne marche de l'entreprise.
« Avis conforme » signifie que l'avis du CSE s'impose à l'employeur. Si le CSE n'approuve pas le refus, l'employeur ne peut pas le maintenir. Le refus doit en outre être motivé.
En cas de désaccord, le salarié peut contester le refus directement devant le bureau de jugement du conseil de prud'hommes, dans les conditions fixées par décret en Conseil d'État.
Par ailleurs, selon la CFDT, l'employeur peut reporter le congé lorsque le nombre de salariés absents simultanément pour ce motif atteint le quota fixé en fonction de l'effectif de l'établissement. Ce quota n'est pas un refus : il décale la date.
💰 Salaire et droits pendant le congé
Pendant le congé, le contrat de travail est suspendu, mais le salaire est maintenu par l'employeur. La période compte pour l'ancienneté et les droits liés au contrat. Selon l'article L. 2145-10 cité par la CFDT, le salarié conserve ses droits aux prestations sociales et familiales.
Le coût de la formation elle-même (frais pédagogiques, déplacement) dépend de l'organisme et, selon les Éditions Tissot, certaines conventions collectives prévoient qu'une partie en incombe à l'employeur. Vérifiez votre convention collective.
👥 Ce que doivent retenir les élus du CSE
Le CSE occupe ici une place centrale, souvent ignorée : son avis conforme conditionne tout refus de l'employeur.
- Un refus ne passe pas sans vous. Si la direction vous consulte sur le refus d'un congé de formation, votre avis la lie. Examinez les raisons invoquées avant de voter.
- Demandez les éléments concrets. « Préjudiciable à la production » doit reposer sur des faits : planning, charge, remplacement impossible. Une formule générale ne suffit pas.
- Inscrivez le point à l'ordre du jour. Une consultation sur un refus de congé de formation est une délibération du CSE qui doit apparaître au procès-verbal.
- Informez les salariés. Beaucoup ignorent qu'ils peuvent se former sans être élus.
Pour la formation propre aux élus, consultez aussi notre article sur qui paie la formation des élus du CSE.
💡 Le réflexe utile en réunion : si l'employeur vous soumet un refus de congé de formation, demandez par écrit la lettre de refus motivée, le planning de l'équipe concernée et la date de réception de la demande du salarié. Vérifiez que le délai de huit jours a été respecté, puis faites consigner votre avis motivé dans le procès-verbal.
📌 Ce qu'il faut retenir
- Droit ouvert à tout salarié : pas d'ancienneté, pas de mandat requis (L. 2145-5).
- Durée : 12 jours par an, 18 pour les animateurs, par périodes d'au moins une demi-journée (L. 2145-7).
- Demande : écrite, 30 jours avant le stage, avec date, durée et organisme.
- Refus : possible seulement après avis conforme du CSE, motivé, contestable aux prud'hommes (L. 2145-11).
- Salaire : maintenu par l'employeur pendant le congé.
📚 Sources
- Article L. 2145-5 du Code du travail — droit au congé de formation économique, sociale, environnementale et syndicale
- Article L. 2145-7 du Code du travail — durée du congé
- Article L. 2145-11 du Code du travail — refus de l'employeur et avis conforme du CSE
- Procédure, délais et rémunération — fiche CFDT sur la formation syndicale
- Bénéficiaires, organismes et motifs de report — Éditions Tissot
Un salarié de votre entreprise se heurte à un refus de congé de formation ? Les élus du CSE peuvent se faire accompagner grâce à notre accompagnement juridique, ou se former avec nos formations CSE.













