Un salarié protégé licencié après un premier refus d'autorisation administrative réclamait réparation pour discrimination syndicale. Dans un arrêt du 8 juillet 2026 (n° 25-11.962), la Cour de cassation juge que ce seul refus, fondé sur un doute quant à la réalité des faits reprochés, ne suffit pas à faire présumer une discrimination. Quelle portée pour les élus protégés qui envisagent une action en justice ?
Un employeur qui a tenté, en vain, de licencier un salarié protégé peut-il être ensuite poursuivi pour discrimination syndicale au seul motif que sa demande d'autorisation a été refusée ? Dans un arrêt du 8 juillet 2026, la chambre sociale de la Cour de cassation répond par la négative et précise les contours de la présomption de discrimination applicable aux salariés protégés (Cass. soc., 8 juillet 2026, n° 25-11.962, inédit).
Les faits : un refus d'autorisation suivi, six ans plus tard, d'un licenciement
Le salarié, attaché commercial engagé en 2005 par un laboratoire pharmaceutique et titulaire de mandats représentatifs, avait fait l'objet d'une première procédure de licenciement en 2011. L'inspecteur du travail avait alors refusé d'autoriser la rupture de son contrat, en raison d'un doute sur la réalité de la faute reprochée ; ce refus avait été confirmé par le ministre du Travail en 2012.
L'employeur n'a pas formé de recours contentieux contre cette décision administrative. Le salarié a finalement été licencié en octobre 2017, dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi. Il a alors saisi la juridiction prud'homale d'une demande de dommages-intérêts pour discrimination syndicale, estimant que la tentative de licenciement infondée de 2011 constituait, à elle seule, un indice suffisant pour faire présumer un traitement discriminatoire lié à ses mandats.
L'argument du salarié : faire du refus d'autorisation un indice de discrimination
Devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence, puis devant la Cour de cassation, le salarié invoquait le mécanisme probatoire propre au contentieux de la discrimination, fondé sur les articles L. 1132-1 et L. 1134-1 du Code du travail : il suffit au salarié de présenter des éléments de fait laissant supposer l'existence d'une discrimination pour que la charge de la preuve bascule sur l'employeur, à qui il revient de démontrer que sa décision repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination.
Selon le pourvoi, le rejet d'une demande d'autorisation de licenciement par l'administration du travail — précisément parce que ce refus interroge le bien-fondé des griefs invoqués par l'employeur contre un représentant du personnel — devait suffire à faire naître ce doute et à faire basculer la charge de la preuve.
La réponse de la Cour de cassation : un refus administratif ne vaut pas, à lui seul, présomption
La Cour de cassation rejette le pourvoi. Elle juge que :
« La seule saisine de l'administration du travail d'une demande d'autorisation de licenciement à l'encontre d'un salarié protégé, refusée en raison de l'existence d'un doute quant à la réalité des faits reprochés, ne constitue pas en soi un élément laissant supposer une discrimination syndicale. »
Autrement dit, le simple fait qu'une procédure de licenciement engagée contre un salarié protégé ait échoué devant l'administration ne suffit pas, mécaniquement, à ouvrir le régime probatoire aménagé de la discrimination. Le refus d'autorisation sanctionne un doute sur la matérialité des faits reprochés : il ne dit rien, en lui-même, du mobile syndical de l'employeur.
Pourquoi cette distinction est importante
La portée de cette décision doit être appréciée avec précision. La Cour ne ferme pas la porte à toute action en discrimination consécutive à une tentative de licenciement avortée : elle exige simplement que le salarié apporte, en complément du refus d'autorisation, d'autres éléments de fait — chronologie suspecte, contexte de tension syndicale, traitement comparé avec des collègues non mandatés, propos ou décisions de gestion révélateurs — permettant de construire un faisceau d'indices laissant supposer la discrimination.
Le refus d'autorisation administrative reste un élément du dossier : il peut s'intégrer dans un ensemble d'indices concordants. Mais isolé, il ne constitue pas per se ce commencement de preuve exigé par l'article L. 1134-1 du Code du travail.
Statut protecteur et contentieux de la discrimination : deux voies distinctes
Cette solution s'inscrit dans la logique de séparation des contentieux propre au statut protecteur des représentants du personnel, organisé par les articles L. 2411-1 et suivants du Code du travail. Le contrôle de la légalité du refus d'autorisation relève exclusivement de la juridiction administrative : le juge judiciaire, saisi d'une demande de dommages-intérêts pour discrimination, ne peut ni remettre en cause l'appréciation portée par l'inspecteur du travail, ni en déduire automatiquement l'existence d'un mobile discriminatoire.
Ce que doivent retenir les élus du CSE
- Un refus d'autorisation de licenciement opposé par l'inspection du travail ne suffit pas, à lui seul, à faire présumer une discrimination syndicale devant le juge prud'homal.
- Le salarié protégé qui souhaite agir en discrimination doit réunir un faisceau d'indices allant au-delà de ce seul refus (contexte, comparaisons, chronologie, éléments de gestion de carrière).
- Le contentieux de l'autorisation administrative (devant le juge administratif) et celui de la discrimination syndicale (devant le juge prud'homal) restent strictement séparés : l'un ne préjuge pas de l'autre.
- Pour les représentants du personnel, il reste essentiel de documenter, tout au long du mandat, les éléments objectifs de déroulement de carrière (évaluations, rémunération, évolution de poste) susceptibles d'appuyer une action ultérieure.
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Sources
- Cour de cassation, chambre sociale, 8 juillet 2026, n° 25-11.962, inédit — Légifrance
- Code du travail, article L. 1132-1 — principe de non-discrimination
- Code du travail, article L. 1134-1 — aménagement de la charge de la preuve
- Code du travail, articles L. 2411-1 et suivants — statut protecteur et autorisation de licenciement




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