Articles
>
Faute inexcusable de l'employeur : le juge fixe seul la consolidation et le taux d'incapacité

Faute inexcusable de l'employeur : le juge fixe seul la consolidation et le taux d'incapacité

Publié le 13 septembre 2026
Sommaire

Une salariée victime d'un accident du travail obtient la reconnaissance de la faute inexcusable de son employeur. La cour d'appel fixe ses indemnités complémentaires selon la date de consolidation et le taux d'incapacité retenus par la CPAM. La Cour de cassation censure : pour les préjudices hors livre IV, le juge garde un pouvoir souverain d'appréciation, indépendant de la caisse (Cass. 2e civ., 3 septembre 2026, n° 23-22.988).

👋 Moi c'est Walid BENKHALED, ex-avocat en droit du travail, juriste et formateur CSE. Avec CSE ACADÉMIE, nous formons et accompagnons les élus CSE partout en France.

Une salariée est victime d'un accident du travail. Des années plus tard, la faute inexcusable de son employeur est reconnue par la justice. Reste alors à chiffrer l'indemnisation complémentaire à laquelle elle a droit : souffrances endurées, préjudice esthétique, perte de chance professionnelle, déficit fonctionnel permanent. Pour fixer ces sommes, les juges du fond se sont appuyés sur la date de consolidation et le taux d'incapacité permanente déjà retenus par la caisse primaire d'assurance maladie. Un raccourci que la Cour de cassation vient de sanctionner.

Dans un arrêt du 3 septembre 2026 (Cass. 2e civ., 3 septembre 2026, n° 23-22.988, publié au Bulletin), la Cour de cassation juge que le juge chargé de réparer les préjudices complémentaires liés à une faute inexcusable n'est pas lié par la date de consolidation ni par le taux d'incapacité permanente fixés par la caisse, dès lors que ces préjudices ne relèvent pas de la nomenclature forfaitaire du livre IV du code de la sécurité sociale.

📌 Point clé : pour les préjudices complémentaires non couverts par les prestations forfaitaires du livre IV (dont le déficit fonctionnel permanent), le juge dispose d'un pouvoir souverain d'appréciation. Il peut retenir une date de consolidation et évaluer un taux d'incapacité différents de ceux fixés par la CPAM, y compris en ordonnant une expertise médicale judiciaire distincte.

⚖️ Le cadre juridique de la faute inexcusable

Lorsqu'un accident du travail ou une maladie professionnelle est dû à la faute inexcusable de l'employeur, la victime bénéficie d'un régime de réparation renforcé prévu par les articles L. 452-1 à L. 452-3 du code de la sécurité sociale. Elle obtient d'abord une majoration de la rente ou de l'indemnité en capital versée par la caisse au titre du livre IV. Elle peut ensuite demander, devant le pôle social du tribunal judiciaire, la réparation de préjudices qui ne sont pas couverts par ce livre IV : souffrances physiques et morales, préjudice esthétique et d'agrément, perte ou diminution de possibilités de promotion professionnelle, et, depuis les arrêts d'assemblée plénière du 20 janvier 2023, le déficit fonctionnel permanent.

Le taux d'incapacité permanente, lui, est fixé par la caisse sur le fondement de l'article L. 434-2 du code de la sécurité sociale, en fonction de la nature de l'infirmité, de l'état général, de l'âge et des aptitudes professionnelles de la victime. Ce taux sert de base au calcul de la rente forfaitaire. La question posée à la Cour de cassation était simple : ce taux et la date de consolidation qui l'accompagne s'imposent-ils aussi au juge lorsqu'il évalue les préjudices complémentaires, hors champ du livre IV ?

📄 Les faits de l'affaire

Une salariée de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) est victime d'un accident du travail le 22 avril 2009, pris en charge par la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne. La faute inexcusable de son employeur est reconnue de façon définitive. Restait à évaluer les préjudices complémentaires.

Par un arrêt du 29 septembre 2023, la cour d'appel de Paris refuse d'ordonner une expertise judiciaire supplémentaire et fixe les indemnités complémentaires en reprenant purement et simplement la date de consolidation et le taux d'incapacité permanente retenus par la caisse. La salariée conteste cette méthode devant la Cour de cassation : selon elle, ces éléments, propres à la gestion du risque professionnel par la caisse, ne peuvent pas enfermer l'appréciation du juge chargé d'indemniser un préjudice qui a sa propre logique.

✅ Ce que juge la Cour de cassation

La Cour de cassation censure la cour d'appel de Paris. Elle rappelle que la date de consolidation et le taux d'incapacité permanente fixés par la caisse, sur le fondement des articles du livre IV, gouvernent le calcul des prestations forfaitaires servies par cette caisse. Ils ne lient pas le juge chargé de réparer les préjudices complémentaires de la faute inexcusable qui échappent à cette nomenclature, au premier rang desquels le déficit fonctionnel permanent.

Concrètement, la cour d'appel ne pouvait pas refuser toute expertise complémentaire au seul motif que la caisse avait déjà fixé une date de consolidation et un taux. Le juge du fond doit apprécier souverainement l'existence et l'étendue de ces préjudices, au besoin en ordonnant une mesure d'instruction propre, y compris si cela conduit à retenir une date de consolidation différente de celle retenue par l'organisme social.

🚦 Deux logiques à ne pas confondre

Ce que fixe la caisse (livre IV)Ce que le juge peut réévaluer (préjudices complémentaires)
Rente ou indemnité en capital calculée sur un taux d'incapacité forfaitaireDéficit fonctionnel permanent, souffrances endurées, préjudice esthétique et d'agrément
Date de consolidation retenue pour la liquidation des droits sociauxDate de consolidation propre à l'évaluation du préjudice complémentaire, si les éléments médicaux le justifient
Barème indicatif d'invalidité (article L. 434-2)Expertise médico-légale judiciaire, contradictoire, spécifique au litige devant le pôle social

🧭 Ce que peut faire la victime, ce que doit anticiper l'employeur

Pour la victime, cet arrêt ouvre une voie concrète : ne pas se contenter des éléments médicaux retenus par la caisse pour chiffrer l'indemnisation complémentaire. Elle peut demander au juge du pôle social la désignation d'un expert judiciaire propre à l'instance en faute inexcusable, notamment lorsque le taux fixé par la caisse paraît en décalage avec la réalité des séquelles. Un refus d'expertise motivé uniquement par l'existence d'un taux administratif est désormais fragile.

Pour l'employeur et son assureur, la portée pratique est symétrique : la fixation par la caisse ne sécurise plus, à elle seule, le montant final de l'indemnisation complémentaire. Une expertise judiciaire distincte peut aboutir à un taux ou une date différents, avec un impact direct sur le chiffrage des postes de préjudice non forfaitaires.

👥 Ce que doivent retenir les élus du CSE

Les élus du CSE, notamment au sein de la CSSCT, sont souvent les premiers interlocuteurs d'un salarié victime d'un accident du travail grave. Cet arrêt leur donne un repère utile pour accompagner la victime sans se substituer à un avocat :

  • Ne jamais présenter le taux d'incapacité fixé par la CPAM comme définitif pour l'indemnisation complémentaire liée à une faute inexcusable : ce taux ne verrouille que les prestations du livre IV.
  • Orienter systématiquement le salarié vers un accompagnement juridique spécialisé avant toute audience devant le pôle social, en particulier quand une expertise complémentaire a été refusée.
  • Rappeler que la reconnaissance de la faute inexcusable et l'indemnisation complémentaire sont deux étapes distinctes, qui peuvent chacune faire l'objet d'un recours propre.
  • Documenter, dans le cadre du registre santé-sécurité et des échanges en CSSCT, les circonstances de l'accident : ces éléments peuvent nourrir une future expertise judiciaire.

💡 Le réflexe utile en réunion : lorsqu'un dossier de faute inexcusable est évoqué en CSSCT ou en réunion CSE, demandez que soit consigné au procès-verbal si une expertise médicale judiciaire distincte de celle de la caisse a été sollicitée pour les préjudices complémentaires, et si elle a été acceptée ou refusée par la juridiction saisie.

📌 Ce qu'il faut retenir

  • La faute inexcusable ouvre droit à une majoration de rente et à la réparation de préjudices complémentaires distincts, prévus aux articles L. 452-1 à L. 452-3 du code de la sécurité sociale.
  • Le taux d'incapacité permanente et la date de consolidation fixés par la caisse (article L. 434-2) gouvernent les prestations forfaitaires du livre IV, pas nécessairement les préjudices complémentaires.
  • Le juge du pôle social garde un pouvoir souverain d'appréciation pour ces préjudices, en particulier le déficit fonctionnel permanent.
  • Un juge du fond ne peut pas refuser une expertise complémentaire au seul motif que la caisse a déjà statué.
  • Les victimes ne doivent pas se fier uniquement à la décision de la caisse pour évaluer leur indemnisation complémentaire.
  • Les élus du CSE ont un rôle d'orientation et de vigilance, pas de substitution à l'expertise juridique.

📚 Sources

Cette décision confirme une tendance de fond : l'indemnisation complémentaire de la faute inexcusable suit sa propre logique, distincte de la gestion administrative du risque professionnel par la caisse. Pour sécuriser l'accompagnement des salariés concernés et la rédaction des comptes rendus de CSSCT, une méthode rigoureuse de rédaction des procès-verbaux et un accompagnement juridique dédié restent des atouts déterminants. Vos élus peuvent approfondir ces mécanismes dans le cadre de nos formations CSE.

Actualité

Autres actualités CSE

Voir plus
Expertise libre du CSE : recourir à un expert externe sur le budget de fonctionnement
Expertise libre du CSE : recourir à un expert externe sur le budget de fonctionnement

Le CSE peut financer sur son seul budget de fonctionnement le recours à un expert, un avocat ou un consultant de son choix, même hors de tout cas d'expertise légale. Cet article explique le fondement juridique (article L. 2315-81 du Code du travail), les limites de ce recours libre et la démarche à suivre pour l'engager sans risque budgétaire ni confusion avec une expertise légale.

Faute inexcusable de l'employeur : le juge fixe seul la consolidation et le taux d'incapacité
Faute inexcusable de l'employeur : le juge fixe seul la consolidation et le taux d'incapacité

Une salariée victime d'un accident du travail obtient la reconnaissance de la faute inexcusable de son employeur. La cour d'appel fixe ses indemnités complémentaires selon la date de consolidation et le taux d'incapacité retenus par la CPAM. La Cour de cassation censure : pour les préjudices hors livre IV, le juge garde un pouvoir souverain d'appréciation, indépendant de la caisse (Cass. 2e civ., 3 septembre 2026, n° 23-22.988).

Entretien préalable au licenciement : qui peut assister le salarié ?
Entretien préalable au licenciement : qui peut assister le salarié ?

Un salarié convoqué à un entretien préalable peut se faire assister par une personne du personnel, élu du CSE ou non. Le conseiller du salarié extérieur, lui, n'intervient que si l'entreprise est dépourvue de toute institution représentative du personnel. Explications article par article, avec les conséquences en cas d'omission dans la convocation.

Nos formations

Les formations qui pourraient vous intéresser ...

Voir toutes les formations
Formation les nouvelles attributions environnementales du CSE
Nouveau
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation les nouvelles attributions environnementales du CSE

La loi Climat de 2021 a renforcé les attributions environnementales du CSE. Cette formation vous permet de maîtriser ce nouveau cadre juridique, d'exercer vos droits en matière environnementale et d'intégrer les enjeux écologiques dans votre action quotidienne.

Présentiel
Visio
voir
Formation SSCT obligatoire 5 jours
Obligatoire
⬥ Très sollicitée
5 jours
+ 460 élus formés
20 modules
Formation SSCT obligatoire 5 jours

Elle vous permettra de développer des compétences solides et directement applicables à votre quotidien au travers de cas concrets, de mises en situation et des échanges d’expériences.

Présentiel
Visio
voir
Formation le forfait jour : tout comprendre
Nouveau
⬥ Très sollicitée
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation le forfait jour : tout comprendre

Le forfait jour est largement répandu mais souvent mal compris ou irrégulièrement appliqué. Cette formation permet aux élus du CSE de maîtriser le cadre juridique, d'identifier les forfaits irréguliers, d'exercer le rôle de contrôle et de négocier un accord protecteur pour les salariés.

Présentiel
Visio
voir
Formation économique 5 jours
Obligatoire
⬥ Très sollicitée
5 jours
+ 420 élus formés
20 modules
Formation économique 5 jours

La formation économique du CSE est une obligation légale pour les élus du CSE des entreprises d’au moins 50 salariés. Elle leur permet de comprendre et d’analyser la situation économique et financière de leur entreprise afin d’exercer pleinement leurs missions

Présentiel
Visio
voir
Formation optimiser et sécuriser les activités sociales du CSE
⬥ Très sollicitée
1 jour
+330 élus formés
4 modules
Formation optimiser et sécuriser les activités sociales du CSE

Gérer les activités sociales et culturelles (ASC) du CSE est une responsabilité clé qui nécessite rigueur et conformité aux règles légales. Cette formation vous permet de maîtriser les aspects juridiques, comptables et organisationnels des ASC afin d’optimiser leur gestion et d’éviter tout risque de redressement.

Présentiel
Visio
voir
Formation renouvellement des membres du CSE - SSCT 3 jours (obligatoire)
Obligatoire
⬥ Très sollicitée
3 jours
+360 élus formés
12 modules
Formation renouvellement des membres du CSE - SSCT 3 jours (obligatoire)

En tant qu’élu du CSE ou de la CSSCT, vous êtes un acteur clé de la santé et de la sécurité au travail. Cette formation vous donne toutes les clés pour identifier les risques professionnels, proposer des actions concrètes et collaborer efficacement avec les différents acteurs de l’entreprise. Maîtrisez vos missions, anticipez les dangers et devenez un véritable moteur de la prévention. Offrez à vos salariés un environnement de travail plus sûr et serein !

Présentiel
Visio
voir
Formation IA & CSE : comprendre et utiliser l'IA dans le mandat
Nouveau
⬥ Très sollicitée
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation IA & CSE : comprendre et utiliser l'IA dans le mandat

L'intelligence artificielle transforme profondément le monde du travail. Cette formation permet aux élus de comprendre les impacts de l'IA sur les salariés et les emplois, d'exercer les prérogatives du CSE face aux projets IA, et d'utiliser des outils IA pour faciliter leur mandat au quotidien.

Présentiel
Visio
voir
Formation économique 2 jours
Nouveau
Obligatoire
2 jours
8 modules
Formation économique 2 jours

Le format court de la formation économique obligatoire : deux journées pour poser le socle du mandat économique — fonctionnement de l'instance, mission économique, consultations obligatoires et gestion des budgets du CSE. Le format le plus demandé par les délégations qui veulent se former au complet sans immobiliser une semaine.

Présentiel
Visio
voir
Formation référent harcèlement sexuel & agissements sexistes
Obligatoire
⬥ Très sollicitée
1 jour
+ 190 élus formés
4 modules
Formation référent harcèlement sexuel & agissements sexistes

Le rôle de référent harcèlement sexuel et agissements sexistes est désormais obligatoire pour les CSE. Cette formation est donc essentielle pour le référent désigné, mais également pour tous les élus souhaitant être sensibilisés et disposer des outils nécessaires pour prévenir et gérer ces comportements en entreprise.

Présentiel
Visio
voir
Formation préparer les élections du CSE
2 jours
+ 170 élus formés
8 modules
Formation préparer les élections du CSE

Le renouvellement du Comité Social et Économique approche ? Anticipez et préparez vos élections avec efficacité grâce à cette formation complète et pratique. Nous vous guidons à travers toutes les étapes essentielles pour organiser des élections professionnelles dans le respect du cadre légal et garantir une forte participation.

Présentiel
Visio
voir
Formation comprendre et maîtriser son bulletin de paie
Nouveau
1 jour
5 modules
Formation comprendre et maîtriser son bulletin de paie

Une journée pour lire un bulletin de paie ligne par ligne, contrôler les mentions obligatoires, recalculer du brut au net et détecter les erreurs, avec la méthode en dix points et les délais pour agir.

Présentiel
Visio
voir
Formation DUERP : comprendre, évaluer et prévenir les risques professionnels
1 jour
+ 170 élus formés
4 modules
Formation DUERP : comprendre, évaluer et prévenir les risques professionnels

Cette formation, axée sur la pratique et des cas concrets, donne aux élus du CSE les compétences nécessaires pour analyser les risques, proposer des actions de prévention efficaces et assurer le suivi du DUERP en collaboration avec l’employeur et les autres acteurs de la santé au travail.

Présentiel
Visio
voir