Articles
>
Projet de réorganisation et PSE : le CSE peut-il demander deux expertises distinctes ?

Projet de réorganisation et PSE : le CSE peut-il demander deux expertises distinctes ?

Sommaire

Le CSE central d'Aptar France voulait cumuler deux expertises pour un même projet de réorganisation incluant un PSE. Dans un arrêt du 18 mars 2026 publié au bulletin, la Cour de cassation tranche : l'expertise reste exclusivement rattachée à l'article L. 1233-34 dès lors qu'un plan de sauvegarde de l'emploi est en jeu. Ce qu'il faut retenir pour bien rédiger sa délibération.

Lorsqu'un projet de réorganisation s'accompagne à la fois du déploiement de nouveaux outils informatiques et d'un plan de sauvegarde de l'emploi, le CSE peut-il voter deux expertises distinctes pour couvrir chacun de ces aspects ? La Cour de cassation vient de répondre par la négative dans un arrêt publié au bulletin, avec des conséquences pratiques immédiates pour les élus.

Ce qu'il faut retenir

Dans un arrêt du 18 mars 2026 (n° 23-22.270, publié au bulletin), la chambre sociale de la Cour de cassation juge que lorsqu'un projet de réorganisation entraîne des licenciements économiques et donne lieu à un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE), le CSE ne peut pas recourir en parallèle à une expertise distincte fondée sur l'article L. 2315-94 du Code du travail, même si le projet inclut par ailleurs l'introduction de nouvelles technologies.

L'expertise portant sur les conditions de travail doit alors s'inscrire exclusivement dans le cadre de l'article L. 1233-34, propre aux procédures de licenciement collectif pour motif économique.

Les faits : le projet « Aptar-e » et ses deux expertises

Le comité social et économique central de la société Aptar France avait voté, par une délibération du 14 juin 2023, une expertise portant spécifiquement sur le déploiement d'outils informatiques dans le cadre d'un projet de réorganisation baptisé « Aptar-e ». Ce projet, susceptible d'entraîner 47 suppressions de postes, avait par ailleurs donné lieu à l'ouverture d'une procédure de plan de sauvegarde de l'emploi, avec une expertise déjà commandée sur ce fondement.

Le CSE central estimait pouvoir cumuler les deux expertises : l'une au titre de l'article L. 2315-94, consacrée aux nouvelles technologies, l'autre au titre de l'article L. 1233-34, propre au PSE. L'employeur a contesté cette seconde délibération devant le tribunal judiciaire d'Évreux, qui lui a donné raison le 18 octobre 2023. Le CSE s'est pourvu en cassation.

Ce que juge la Cour de cassation

La Cour de cassation rejette le pourvoi du CSE. Elle rappelle que lorsque l'introduction de nouvelles technologies ou un projet important entraîne des licenciements économiques donnant lieu à un plan de sauvegarde de l'emploi, la faculté pour le CSE de recourir à une expertise portant sur l'incidence du projet sur les conditions de santé, de sécurité et de travail ne peut s'exercer que dans le cadre prévu par l'article L. 1233-34 du Code du travail.

En clair : l'article L. 2315-94, 2°, qui permet normalement au CSE de désigner un expert pour tout projet important modifiant les conditions de travail, cède la place à l'expertise spécifique du PSE dès lors que le licenciement économique collectif est en jeu. Les deux régimes ne se cumulent pas : l'expertise PSE absorbe l'ensemble des enjeux du projet, y compris ses volets technologiques.

Pourquoi cette exclusivité ?

Cette solution s'explique par la logique propre à la procédure de licenciement économique : l'article L. 1233-34 a été conçu pour offrir au CSE une expertise complète sur le projet à l'origine du PSE, avec un financement intégralement pris en charge par l'employeur et des délais de consultation encadrés. Permettre un cumul avec une expertise distincte reviendrait à multiplier les procédures pour un même projet, au risque de complexifier et de retarder une consultation déjà strictement délimitée dans le temps.

Cette décision fait écho à un principe déjà connu en matière d'expertise CSE : l'article L. 2315-94 reste pleinement applicable lorsqu'un projet de déploiement technologique n'entraîne pas de PSE. C'est uniquement la combinaison des deux éléments — nouvelles technologies et licenciements économiques collectifs — qui fait basculer l'expertise vers le régime exclusif du PSE.

Ce que doivent retenir les élus du CSE

  • Lorsqu'un projet de réorganisation avec PSE inclut un volet technologique, le CSE ne pourra obtenir qu'une seule expertise, fondée sur l'article L. 1233-34
  • Le périmètre de cette expertise doit être défini avec la plus grande précision dès la première réunion consacrée au projet, pour couvrir l'ensemble des aspects : organisationnels, technologiques, humains
  • La lettre de mission confiée à l'expert doit être rédigée de façon exhaustive dès le départ : il ne sera pas possible de « rattraper » un périmètre jugé insuffisant par une seconde délibération en cours de procédure
  • En cas de doute sur l'étendue du projet, les élus ont intérêt à solliciter l'avis de leur expert-comptable ou d'un conseil juridique avant de voter la délibération d'expertise

Dans cette affaire, la Cour de cassation, en rejetant le pourvoi du CSE, a mis les dépens de la procédure à sa charge et rejeté ses demandes au titre de l'article 700 du code de procédure civile. Une expertise votée sur un fondement juridique erroné n'est donc pas seulement risquée sur le plan procédural : elle peut exposer le comité à des frais de justice qui viennent grever son budget de fonctionnement, sans qu'il en tire le bénéfice escompté.

Qu'en est-il en dehors d'un PSE ?

Cette décision ne remet pas en cause le droit du CSE à une expertise sur le fondement de l'article L. 2315-94, 2° lorsque l'entreprise déploie de nouvelles technologies ou modifie substantiellement les conditions de travail en dehors de toute procédure de licenciement économique collectif. Dans cette hypothèse, financée à 80 % par l'employeur et 20 % sur le budget de fonctionnement du CSE conformément à l'article L. 2315-80, l'expertise reste pleinement mobilisable, comme le rappelle notamment la jurisprudence récente en matière de déploiement d'outils d'intelligence artificielle en entreprise.

C'est bien la survenance conjointe d'un PSE qui fait basculer l'ensemble des enjeux du projet, technologiques compris, vers le régime spécifique et exclusif de l'article L. 1233-34.

Sources

  • Cour de cassation, chambre sociale, 18 mars 2026, n° 23-22.270, publié au bulletin — Légifrance
  • Article L. 1233-34 du Code du travail — Légifrance
  • Article L. 2315-94 du Code du travail — Légifrance
  • Article L. 2315-80 du Code du travail — Légifrance
Actualité

Autres actualités CSE

Voir plus
Abandon de poste : ce que doit contenir la mise en demeure de l'employeur
Abandon de poste : ce que doit contenir la mise en demeure de l'employeur

L'abandon de poste peut-il toujours être assimilé à une démission ? Le Conseil d'État a validé ce mécanisme le 18 décembre 2024, à une condition stricte : la mise en demeure doit informer le salarié des conséquences d'une absence de reprise du travail. Délai, motifs légitimes, contestation devant les prud'hommes : ce qu'il faut savoir.

Projet de réorganisation et PSE : le CSE peut-il demander deux expertises distinctes ?
Projet de réorganisation et PSE : le CSE peut-il demander deux expertises distinctes ?

Le CSE central d'Aptar France voulait cumuler deux expertises pour un même projet de réorganisation incluant un PSE. Dans un arrêt du 18 mars 2026 publié au bulletin, la Cour de cassation tranche : l'expertise reste exclusivement rattachée à l'article L. 1233-34 dès lors qu'un plan de sauvegarde de l'emploi est en jeu. Ce qu'il faut retenir pour bien rédiger sa délibération.

Congé supplémentaire de naissance : ce que prévoit la loi depuis le 1er juillet 2026
Congé supplémentaire de naissance : ce que prévoit la loi depuis le 1er juillet 2026

Un nouveau congé indemnisé d'un ou deux mois est ouvert à chaque parent après une naissance ou une adoption depuis le 1er juillet 2026. Créé par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, il s'ajoute aux congés maternité, paternité et adoption. Durée, indemnisation, délai de prévenance : voici ce que salariés et élus du CSE doivent savoir.

Nos formations

Les formations qui pourraient vous intéresser ...

Voir toutes les formations
Formation la liberté en entreprise : quel rôle pour le CSE ?
Nouveau
⬥ Très sollicitée
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation la liberté en entreprise : quel rôle pour le CSE ?

Surveillance des salariés, liberté d'expression, restrictions vestimentaires, géolocalisation : les atteintes aux libertés revêtent des formes multiples. Cette formation permet aux élus du CSE de maîtriser le cadre juridique des libertés fondamentales et d'agir concrètement pour les protéger.

Présentiel
Visio
voir
Formation les bases en droit du travail
⬥ Très sollicitée
2 jours
Très sollicitée
8 modules
Formation les bases en droit du travail

Le droit du travail est essentiel pour exercer pleinement votre mandat d’élu CSE. Cette formation vous offre les clés pour comprendre les principes fondamentaux et intervenir efficacement. Conçue spécifiquement pour les élus, elle vous permettra de sécuriser vos actions et défendre les droits des salariés avec assurance.

Présentiel
Visio
voir
Formation CSE de moins de 50 salariés : l'essentiel du mandat
1 jour
+200 élus formés
4 modules
Formation CSE de moins de 50 salariés : l'essentiel du mandat

Dans une entreprise de moins de 50 salariés, le CSE a des missions spécifiques et des moyens adaptés. Cette formation vous apporte les compétences essentielles pour représenter les salariés, assurer un dialogue efficace avec l’employeur et faire du CSE un véritable levier d’action.

Présentiel
Visio
voir
Formation BDESE pour les élus du CSE
1 jour
+270 élus formés
4 modules
Formation BDESE pour les élus du CSE

La formation BDESE pour les élus du CSE vous donne les clés pour comprendre le cadre légal et les obligations de la base de données économiques, sociales et environnementales. Vous apprendrez à identifier et analyser les informations essentielles afin d’exercer efficacement votre rôle consultatif. En maîtrisant cet outil stratégique, vous serez en mesure d’anticiper les évolutions économiques et sociales de votre entreprise et de renforcer l’impact du CSE dans le dialogue social.

Présentiel
Visio
voir
Formation comprendre et agir en cas d'entrave
Nouveau
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation comprendre et agir en cas d'entrave

Le délit d'entrave est une infraction pénale grave souvent méconnue des élus. Cette formation vous permet d'identifier les comportements constitutifs d'entrave, de connaître les sanctions applicables et de maîtriser les recours pour défendre votre mandat.

Présentiel
Visio
voir
Formation le forfait jour : tout comprendre
Nouveau
⬥ Très sollicitée
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation le forfait jour : tout comprendre

Le forfait jour est largement répandu mais souvent mal compris ou irrégulièrement appliqué. Cette formation permet aux élus du CSE de maîtriser le cadre juridique, d'identifier les forfaits irréguliers, d'exercer le rôle de contrôle et de négocier un accord protecteur pour les salariés.

Présentiel
Visio
voir
Formation comprendre les procédures collectives
Nouveau
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation comprendre les procédures collectives

Sauvegarde, redressement, liquidation judiciaire : cette formation donne aux élus les clés pour comprendre ces procédures, leurs effets sur les salariés, et exercer le rôle de consultation et de représentation du CSE en situation de crise.

Présentiel
Visio
voir
Formation maîtriser le fonctionnement du CSE
⬥ Très sollicitée
2 jours
+ 240 élus formés
8 modules
Formation maîtriser le fonctionnement du CSE

Vous êtes élus(es) du CSE, qu’il s’agisse d’un nouveau mandat ou d’un premier mandat ? Cette formation est faite pour vous ! Adaptée à tous les membres du CSE, quel que soit la taille de l’entreprise, elle vous permet de maîtriser les bases essentielles et d’exercer pleinement vos missions.

Présentiel
Visio
voir
Formation secrétaire du CSE
⬥ Très sollicitée
1 jour
+ 280 élus formés
4 modules
Formation secrétaire du CSE

Cette formation s’adresse à tous les élus du CSE, qu'ils soient déjà secrétaires ou souhaitant mieux comprendre les enjeux de cette fonction.

Présentiel
Visio
voir
Formation optimiser et sécuriser les activités sociales du CSE
⬥ Très sollicitée
1 jour
+330 élus formés
4 modules
Formation optimiser et sécuriser les activités sociales du CSE

Gérer les activités sociales et culturelles (ASC) du CSE est une responsabilité clé qui nécessite rigueur et conformité aux règles légales. Cette formation vous permet de maîtriser les aspects juridiques, comptables et organisationnels des ASC afin d’optimiser leur gestion et d’éviter tout risque de redressement.

Présentiel
Visio
voir
Formation identifier et prévenir les risques psychosociaux
⬥ Très sollicitée
1 jour
+300 élus formés
5 modules
Formation identifier et prévenir les risques psychosociaux

Identifiez, prévenez et gérez efficacement les risques psychosociaux (stress, burn-out, harcèlement, violences au travail…). Cette formation vous offre les clés pour agir rapidement et protéger la santé des salariés, créant ainsi un environnement de travail plus sûr et respectueux.

Présentiel
Visio
voir
Formation les nouvelles attributions environnementales du CSE
Nouveau
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation les nouvelles attributions environnementales du CSE

La loi Climat de 2021 a renforcé les attributions environnementales du CSE. Cette formation vous permet de maîtriser ce nouveau cadre juridique, d'exercer vos droits en matière environnementale et d'intégrer les enjeux écologiques dans votre action quotidienne.

Présentiel
Visio
voir