Le congé d'adoption dure 16 semaines au plus, 18 si l'adoption porte à trois enfants ou plus à charge, 22 en cas d'adoptions multiples. Le contrat est suspendu, le salarié est protégé contre le licenciement et peut le faire annuler sur attestation de placement (L. 1225-37 à L. 1225-39).
Un salarié de votre entreprise vous apprend qu'un enfant va lui être confié en vue d'une adoption. Il veut savoir de combien de temps il peut s'absenter, si son poste est protégé et ce qu'il doit dire à son employeur. Les élus du CSE sont souvent les premiers interrogés, parce que la situation est rare et que les services RH ne la rencontrent pas tous les jours.
Le Code du travail répond aux articles L. 1225-37 à L. 1225-39. Le salarié à qui l'autorité administrative ou un organisme désigné confie un enfant en vue de son adoption a droit à un congé d'adoption de seize semaines au plus. Cette durée est portée à dix-huit semaines ou à vingt-deux semaines dans deux situations précises.
📌 Point clé : le congé d'adoption dure seize semaines au plus. Il passe à dix-huit semaines lorsque l'adoption porte à trois ou plus le nombre d'enfants à charge du salarié ou de son foyer, et à vingt-deux semaines en cas d'adoptions multiples. Pendant le congé, le contrat est suspendu et le salarié est protégé contre le licenciement.
⚖️ Qui a droit au congé d'adoption ?
L'article L. 1225-37 parle du « salarié » à qui l'autorité administrative, ou tout organisme désigné par voie réglementaire, confie un enfant en vue de son adoption. Le texte ne distingue pas selon le sexe du salarié ni selon sa situation familiale. Il vise la personne à qui l'enfant est confié.
Deux conditions se dégagent de la lecture du texte. D'abord, l'enfant doit avoir été confié au salarié en vue de son adoption. Ensuite, ce placement doit venir de l'autorité administrative ou d'un organisme désigné par voie réglementaire. Le congé ne se déclenche donc pas sur la simple intention d'adopter.
Le même article renvoie à un décret pour deux points pratiques : le délai dans lequel le congé doit être pris et les modalités de son fractionnement. Ces précisions relèvent de la partie réglementaire du Code du travail. Cet article n'en détaille pas le contenu : avant de fixer des dates, le salarié doit les vérifier dans le texte réglementaire applicable ou auprès de l'organisme qui lui a confié l'enfant.
📊 Les trois durées prévues par la loi
| Situation | Durée du congé |
|---|---|
| Cas général | 16 semaines au plus |
| L'adoption porte à 3 ou plus le nombre d'enfants dont le salarié ou le foyer assume la charge | 18 semaines |
| Adoptions multiples | 22 semaines |
Notez la formule « au plus » pour les seize semaines : c'est une durée maximale, et le salarié n'est pas obligé de la prendre en entier. Pour les deux autres situations, le texte indique que le congé « est porté à » dix-huit ou vingt-deux semaines.
Comment compter les enfants à charge ?
La durée de dix-huit semaines s'applique lorsque l'adoption porte à trois ou plus le nombre d'enfants dont le salarié ou le foyer assume la charge. Le texte ne se limite donc pas aux enfants du seul salarié : il regarde le foyer. Un salarié qui a déjà deux enfants à charge et qui en adopte un troisième relève de cette durée plus longue.
🛡️ Un contrat suspendu et un salarié protégé
L'article L. 1225-38 énonce deux règles. Le congé d'adoption suspend le contrat de travail. Et pendant la suspension, les parents salariés bénéficient de la protection contre le licenciement prévue aux articles L. 1225-4 et L. 1225-5.
Cette protection a une limite que le texte mentionne expressément : elle ne fait pas obstacle à l'échéance d'un contrat à durée déterminée. Un salarié en CDD dont le contrat arrive à son terme pendant le congé ne peut donc pas exiger la poursuite de la relation de travail au-delà de la date prévue.
Un licenciement notifié juste avant l'arrivée de l'enfant
L'article L. 1225-39 couvre une situation délicate : le salarié reçoit une lettre de licenciement alors que l'arrivée de l'enfant à son foyer est imminente. Le licenciement est annulé si, dans les quinze jours de sa notification, le salarié envoie à son employeur une attestation justifiant l'arrivée à son foyer, dans un délai de quinze jours, d'un enfant placé en vue de son adoption.
Cette attestation est délivrée par l'autorité administrative ou par l'organisme autorisé pour l'adoption qui procède au placement. L'envoi se fait dans les conditions déterminées par voie réglementaire.
Le texte prévoit deux exceptions. L'annulation ne joue pas lorsque le licenciement est prononcé pour une faute grave non liée à l'adoption, ni lorsque l'employeur est dans l'impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l'adoption.
🧭 Ce que peut faire le salarié
- Informer l'employeur par écrit dès que le placement est connu, en indiquant la date d'arrivée de l'enfant et la durée de congé envisagée.
- Conserver les documents du placement remis par l'autorité administrative ou l'organisme : ils servent de preuve du droit au congé et, le cas échéant, de l'attestation prévue à l'article L. 1225-39.
- Vérifier la durée applicable : seize, dix-huit ou vingt-deux semaines selon le nombre d'enfants à charge et le caractère multiple de l'adoption.
- Consulter la convention collective. Les textes cités ici ne traitent pas du maintien de salaire ni de l'indemnisation pendant le congé. Des accords de branche ou d'entreprise peuvent prévoir davantage.
- En cas de licenciement notifié autour de l'arrivée de l'enfant, agir vite : le délai de quinze jours pour envoyer l'attestation court à compter de la notification.
🚦 Adoption et naissance : des règles voisines, pas identiques
Le congé d'adoption ressemble au congé de maternité sans lui être identique. Pour un premier ou un deuxième enfant, la mère bénéficie en principe de seize semaines, réparties avant et après l'accouchement. Le congé d'adoption, lui, ouvre droit à seize semaines au plus, sans partage entre une période avant et une période après l'arrivée de l'enfant. La logique de longueur supplémentaire est la même : une durée plus longue à partir du troisième enfant et en cas de naissances ou d'adoptions multiples.
Si vous souhaitez comparer, notre article sur la durée du congé de paternité et d'accueil de l'enfant détaille un autre congé lié à l'arrivée d'un enfant. Les textes cités ici ne précisent pas comment les seize semaines d'adoption se répartissent entre deux parents salariés : cette question relève du décret auquel renvoie l'article L. 1225-37.
👥 Ce que doivent retenir les élus du CSE
- Le CSE n'a aucun rôle légal dans l'attribution du congé d'adoption : le droit appartient au salarié. L'élu peut en revanche l'informer et l'accompagner dans ses démarches.
- Vérifiez que l'employeur n'applique pas par réflexe la durée « de base » : dix-huit semaines si l'adoption porte à trois enfants ou plus à charge, vingt-deux semaines en cas d'adoptions multiples.
- Si un salarié reçoit une lettre de licenciement alors qu'un enfant lui a été confié, rappelez-lui le délai de quinze jours pour envoyer l'attestation, et conseillez-lui de garder la preuve de l'envoi.
- Les salariés en CDD ne bénéficient pas d'un prolongement de leur contrat : l'échéance du terme reste possible pendant le congé.
- Pensez à demander à la direction si un accord d'entreprise ou une convention collective prévoit un maintien de salaire pendant le congé d'adoption.
💡 Le réflexe utile en réunion : posez à la direction, en question écrite, la question suivante : « Quelle procédure l'entreprise suit-elle lorsqu'un salarié annonce un placement en vue d'adoption, et quel document lui remettez-vous ? » Demandez que la réponse figure au procès-verbal. Vous disposerez ainsi d'une référence pour la première salariée ou le premier salarié concerné, au lieu d'improviser le jour J.
📌 Ce qu'il faut retenir
- Seize semaines au plus : durée de base du congé d'adoption (L. 1225-37).
- Dix-huit semaines lorsque l'adoption porte à trois ou plus le nombre d'enfants à charge du salarié ou de son foyer.
- Vingt-deux semaines en cas d'adoptions multiples.
- Contrat suspendu et protection contre le licenciement (L. 1225-4 et L. 1225-5), sans effet sur l'échéance d'un CDD.
- Licenciement annulé si l'attestation de placement est envoyée dans les quinze jours de sa notification, sauf faute grave non liée à l'adoption ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l'adoption.
📚 Sources
- Article L. 1225-37 du Code du travail — durée du congé d'adoption
- Article L. 1225-38 du Code du travail — suspension du contrat et protection contre le licenciement
- Article L. 1225-39 du Code du travail — annulation du licenciement sur attestation de placement
Un salarié de votre entreprise vous interroge sur ses droits ? Les élus du CSE peuvent se faire accompagner grâce à notre accompagnement juridique, ou consulter notre lexique du droit social pour clarifier les termes techniques.












