Articles
>
Le CSE peut-il inviter un tiers extérieur en réunion, et faut-il toujours voter ?

Le CSE peut-il inviter un tiers extérieur en réunion, et faut-il toujours voter ?

Publié le 31 août 2026
Sommaire

Avocat, consultant, expert-comptable : à quelles conditions un CSE peut-il faire entrer un tiers dans une réunion ? La Cour de cassation vient de rappeler, le 28 janvier 2026, que le recours à un expert exige un vote formel, alors qu'un simple invité ne demande que l'accord de l'employeur ou l'absence de contestation en séance. Le point sur les deux régimes et les précautions à prendre au procès-verbal.

👋 Moi c'est Walid BENKHALED, ex-avocat en droit du travail, juriste et formateur CSE. Avec CSE ACADÉMIE, nous formons et accompagnons les élus CSE partout en France.

Un jour de réunion, l'employeur arrive accompagné d'un avocat que personne n'avait annoncé. Une autre fois, ce sont les élus qui veulent faire venir l'expert-comptable chargé d'analyser le projet de réorganisation, et l'employeur s'y oppose. Dans les deux cas, la question posée aux élus est la même : qui peut faire entrer un tiers dans une réunion de CSE, et à quelles conditions ?

La Cour de cassation vient de le rappeler dans un arrêt du 28 janvier 2026 (Cass. soc., 28 janvier 2026, n° 24-16.227) : le recours à un expert par le CSE suppose une délibération réellement adoptée, et pas seulement évoquée en réunion. Cet arrêt permet de reposer clairement une distinction que les élus confondent souvent, entre faire venir un expert habilité au titre d'une expertise légale et inviter un simple intervenant extérieur à une réunion ordinaire.

📌 Point clé : Faire intervenir un expert habilité (expert-comptable, expert désigné au titre de l'article L. 2315-94) suppose une délibération votée à la majorité des membres titulaires présents. Inviter un simple tiers extérieur, comme un avocat ou un consultant, ne demande pas de vote formel, mais suppose l'accord de l'employeur ou, à défaut, l'absence de contestation en séance.

⚖️ Cadre juridique : deux régimes bien distincts

Le Code du travail distingue nettement deux catégories de tiers en réunion de CSE.

La première concerne l'expert mandaté par le comité. L'article L. 2315-78 du Code du travail dispose que le comité social et économique peut, le cas échéant sur proposition des commissions constituées en son sein, décider de recourir à un expert-comptable ou à un expert habilité dans les cas prévus par la loi. Ce recours suppose une décision du comité, c'est-à-dire une délibération. L'expert ainsi désigné bénéficie d'un accès libre à l'entreprise pour les besoins de sa mission (article L. 2315-82) et reste soumis aux mêmes obligations de secret et de discrétion que les représentants du personnel (article L. 2315-84).

La seconde catégorie regroupe les tiers invités sans base légale spécifique : avocat, consultant, personnalité syndicale, salarié d'une entreprise partenaire. Aucun texte n'organise leur venue en réunion ordinaire. Leur présence relève de la pratique, encadrée par la jurisprudence.

Deux exceptions méritent d'être signalées. Dans le cadre de ses pouvoirs d'enquête en matière de santé et de sécurité, le comité peut faire appel à titre consultatif et occasionnel au concours de toute personne de l'entreprise qui lui paraîtrait qualifiée (article L. 2312-13). Et à la réunion annuelle d'approbation des comptes du CSE, prévue par l'article L. 2315-68, le commissaire aux comptes peut être invité à participer.

📄 Les faits qui ont conduit à l'arrêt du 28 janvier 2026

Dans l'affaire jugée par la chambre sociale, un CSE avait engagé une expertise sans que la décision de recourir à cet expert ait été formalisée par un vote régulier lors d'une réunion. L'employeur, contestant la mission après coup, s'est vu opposer par le comité le délai de dix jours prévu par l'article R. 2315-49, pris pour l'application de l'article L. 2315-86, délai au terme duquel la délibération devient définitive à défaut de saisine du juge. Restait à savoir si ce délai pouvait courir en l'absence de délibération valablement adoptée.

✅ Ce que juge la Cour de cassation

La chambre sociale tranche sans ambiguïté : la décision du CSE de recourir à une expertise doit faire l'objet d'une délibération adoptée à la majorité des membres titulaires présents. Faute de vote formalisant la décision du comité, aucune délibération régulière n'est réputée adoptée. Conséquence directe : le délai de dix jours dont dispose l'employeur pour contester l'expertise ne lui est pas opposable, puisqu'il ne court qu'à compter d'une délibération régulière.

Cette solution protège, en apparence, l'employeur d'une irrégularité commise par le comité lui-même. Mais elle expose surtout le CSE qui laisse une expertise s'engager sur la base d'un simple consensus oral, sans vote tracé au procès-verbal : la mission peut être contestée bien après le délai que les élus croyaient purgé, avec le risque de devoir rembourser les sommes déjà versées à l'expert.

🚦 Expert habilité ou simple invité : ne pas confondre

Le tableau suivant résume les deux régimes.

SituationExpert habilité (expertise légale)Tiers ou intervenant informel
Base légaleArticles L. 2315-78 et suivantsAucune base légale spécifique
Décision requiseDélibération votée à la majorité des titulaires présentsPas de vote formel exigé
Qui autorise sa présenceLe CSE, par son voteAccord de l'employeur, ou absence de contestation en séance
Conséquence d'une irrégularitéDélai de contestation de l'employeur non opposable (Cass. soc., 28 janv. 2026)Contestation possible pour atteinte à l'équilibre de la consultation (Cass. soc., 8 juill. 2014)

🧭 Comment procéder concrètement

Pour un expert habilité, la marche à suivre est claire. Le point doit figurer à l'ordre du jour de la réunion. La délibération intervient en séance, et le vote est consigné au procès-verbal avec le nombre de voix pour, contre et les abstentions, ainsi que la date exacte à laquelle il a été adopté.

Pour un tiers extérieur invité à titre informel, deux voies existent. La première consiste à obtenir l'accord explicite de l'employeur et de la majorité des élus avant la réunion, ce qui évite toute contestation ultérieure : la Cour de cassation a validé cette pratique dès 1988 (Cass. soc., 22 novembre 1988, n° 86-13.368). La seconde, plus fragile, repose sur l'absence de contestation en séance. Si aucun élu ni l'employeur ne s'oppose à la présence du tiers, et que celui-ci est interrogé au même titre qu'un participant habituel, sa présence est validée (Cass. soc., 8 juillet 2014, n° 13-15.470). Dans les deux cas, le tiers ne doit pas influencer indûment les débats ni rompre l'équilibre de la consultation.

Le règlement intérieur du CSE peut utilement fixer à l'avance les modalités d'invitation des tiers, notamment pour préserver la confidentialité de certains échanges.

👥 Ce que doivent retenir les élus du CSE

Trois réflexes limitent les risques. D'abord, tracer systématiquement le vote de recours à un expert dans le procès-verbal, avec le décompte exact des voix : un accord informel entre élus ne suffit jamais, même si personne ne le conteste sur le moment. Ensuite, refuser qu'un expert légalement désigné soit écarté d'une réunion de restitution par l'employeur : ce refus peut être qualifié d'entrave au fonctionnement régulier du comité, sanctionnée par l'article L. 2317-1 du Code du travail. Enfin, pour tout tiers non expert, avocat, consultant ou personnalité extérieure, obtenir un accord explicite avant la réunion plutôt que de compter sur l'absence de réaction en séance : cet accord protège les élus comme l'employeur en cas de contentieux ultérieur.

💡 Le réflexe utile en réunion : avant tout vote sur le recours à un expert, demandez que la résolution soit lue à voix haute, que le décompte exact des voix pour, contre et abstentions soit noté au procès-verbal, et faites consigner la date d'adoption de la délibération. C'est ce point de départ qui sécurise, ou fragilise, le délai de contestation de l'employeur.

📌 Ce qu'il faut retenir

  • Le recours à un expert habilité (expert-comptable, expert de l'article L. 2315-94) exige une délibération votée à la majorité des membres titulaires présents (article L. 2315-78).
  • Sans vote régulier, le délai de dix jours dont dispose l'employeur pour contester l'expertise ne court pas (Cass. soc., 28 janvier 2026, n° 24-16.227).
  • Un tiers extérieur non expert peut assister à une réunion avec l'accord de l'employeur et de la majorité des élus, ou en l'absence de contestation en séance (Cass. soc., 22 novembre 1988 et 8 juillet 2014).
  • La présence d'un tiers ne doit jamais rompre l'équilibre de la consultation du CSE.
  • L'expert légalement désigné a un droit d'accès à l'entreprise et ne peut être écarté d'une réunion de restitution sans risque d'entrave (article L. 2317-1).
  • Le règlement intérieur du CSE peut organiser à l'avance les conditions d'invitation des tiers.

📚 Sources

Le formalisme du vote et les conditions d'invitation d'un tiers reviennent souvent en réunion, et une erreur de procédure coûte cher au comité. Pour sécuriser ces points au quotidien, une formation sur le fonctionnement du CSE permet aux élus d'acquérir les bons réflexes de vote et de rédaction. En cas de désaccord persistant avec l'employeur sur le recours à un expert ou la présence d'un tiers, un accompagnement juridique aide le comité à sécuriser sa délibération avant qu'elle ne soit contestée.

Actualité

Autres actualités CSE

Voir plus
Le CSE peut-il inviter un tiers extérieur en réunion, et faut-il toujours voter ?
Le CSE peut-il inviter un tiers extérieur en réunion, et faut-il toujours voter ?

Avocat, consultant, expert-comptable : à quelles conditions un CSE peut-il faire entrer un tiers dans une réunion ? La Cour de cassation vient de rappeler, le 28 janvier 2026, que le recours à un expert exige un vote formel, alors qu'un simple invité ne demande que l'accord de l'employeur ou l'absence de contestation en séance. Le point sur les deux régimes et les précautions à prendre au procès-verbal.

Transfert du budget ASC vers le fonctionnement du CSE : que dit la loi ?
Transfert du budget ASC vers le fonctionnement du CSE : que dit la loi ?

Un CSE peut-il puiser dans l'excédent de son budget des activités sociales et culturelles pour renflouer son budget de fonctionnement ? Ce sens de transfert, moins connu que l'inverse, existe bien en droit : il est prévu par l'article L. 2312-84 du code du travail et plafonné à 10 % par l'article R. 2312-51, avec des conditions précises à respecter.

Protection des salariés en commission paritaire : ce que valide le Conseil constitutionnel
Protection des salariés en commission paritaire : ce que valide le Conseil constitutionnel

Un salarié élu dans une commission paritaire professionnelle, y compris au niveau national, est-il protégé contre le licenciement comme un délégué syndical ? Le Conseil constitutionnel répond oui dans une décision du 6 février 2026. Cet article explique cette protection, ses conditions et ce que les élus du CSE doivent en retenir pour leurs propres mandats.

Nos formations

Les formations qui pourraient vous intéresser ...

Voir toutes les formations
Formation comprendre les procédures collectives
Nouveau
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation comprendre les procédures collectives

Sauvegarde, redressement, liquidation judiciaire : cette formation donne aux élus les clés pour comprendre ces procédures, leurs effets sur les salariés, et exercer le rôle de consultation et de représentation du CSE en situation de crise.

Présentiel
Visio
voir
Formation égalité de traitement & non-discrimination
Nouveau
2 jours
8 modules
Formation égalité de traitement & non-discrimination

Repérer une discrimination, la documenter et la faire cesser : critères prohibés, charge de la preuve, panels de comparaison, index d'égalité et recours, avec des cas réels anonymisés.

Présentiel
Visio
voir
Formation DUERP : comprendre, évaluer et prévenir les risques professionnels
1 jour
+ 170 élus formés
4 modules
Formation DUERP : comprendre, évaluer et prévenir les risques professionnels

Cette formation, axée sur la pratique et des cas concrets, donne aux élus du CSE les compétences nécessaires pour analyser les risques, proposer des actions de prévention efficaces et assurer le suivi du DUERP en collaboration avec l’employeur et les autres acteurs de la santé au travail.

Présentiel
Visio
voir
Formation identifier et prévenir les risques psychosociaux
⬥ Très sollicitée
1 jour
+300 élus formés
5 modules
Formation identifier et prévenir les risques psychosociaux

Identifiez, prévenez et gérez efficacement les risques psychosociaux (stress, burn-out, harcèlement, violences au travail…). Cette formation vous offre les clés pour agir rapidement et protéger la santé des salariés, créant ainsi un environnement de travail plus sûr et respectueux.

Présentiel
Visio
voir
Formation actualisation droit du travail
Nouveau
⬥ Très sollicitée
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation actualisation droit du travail

Le droit du travail évolue en permanence. Cette formation annuelle de mise à jour permet aux élus du CSE et aux professionnels RH de maîtriser les dernières évolutions législatives, réglementaires et jurisprudentielles, et d'adapter leurs pratiques.

Présentiel
Visio
voir
Formation inaptitude physique & rôle du CSE
Nouveau
⬥ Très sollicitée
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation inaptitude physique & rôle du CSE

L'inaptitude physique est une situation médicale et juridique complexe qui engage de nombreuses obligations pour l'employeur. Les élus du CSE jouent un rôle central dans cette procédure. Cette formation vous permet de maîtriser l'ensemble de la procédure et d'accompagner les salariés avec efficacité.

Présentiel
Visio
voir
Formation renouvellement des membres du CSE - SSCT 3 jours (obligatoire)
Obligatoire
⬥ Très sollicitée
3 jours
+360 élus formés
12 modules
Formation renouvellement des membres du CSE - SSCT 3 jours (obligatoire)

En tant qu’élu du CSE ou de la CSSCT, vous êtes un acteur clé de la santé et de la sécurité au travail. Cette formation vous donne toutes les clés pour identifier les risques professionnels, proposer des actions concrètes et collaborer efficacement avec les différents acteurs de l’entreprise. Maîtrisez vos missions, anticipez les dangers et devenez un véritable moteur de la prévention. Offrez à vos salariés un environnement de travail plus sûr et serein !

Présentiel
Visio
voir
Formation préparer son règlement intérieur
1 jour
+ 150 élus formés
3 modules
Formation préparer son règlement intérieur

Le règlement intérieur est un outil essentiel pour structurer le fonctionnement du CSE et assurer une gestion claire et efficace de l’instance. Cette formation vous guide pas à pas dans son élaboration afin d’en faire un document conforme aux obligations légales et adapté aux spécificités de votre entreprise.

Présentiel
Visio
voir
Formation les représentants de proximité
1 jour
+150 élus formés
4 modules
Formation les représentants de proximité

‍Devenez un acteur de terrain efficace en maîtrisant votre rôle de représentant de proximité. Cette formation vous permettra de comprendre votre vos missions et d'en maîtriser le cadre légal. Vous apprendrez également à collaborer efficacement avec le CSE et la direction, à utiliser vos moyens d’action et à intervenir sur les questions de santé, sécurité et conditions de travail.

Présentiel
Visio
voir
Formation accident du travail & maladie professionnelle
Nouveau
2 jours
8 modules
Formation accident du travail & maladie professionnelle

Deux journées pour maîtriser l'AT et la MP de bout en bout : qualification, déclaration, contestation, enquête du CSE par l'arbre des causes, faute inexcusable et pilotage de la sinistralité.

Présentiel
Visio
voir
Formation BDESE pour les élus du CSE
1 jour
+270 élus formés
4 modules
Formation BDESE pour les élus du CSE

La formation BDESE pour les élus du CSE vous donne les clés pour comprendre le cadre légal et les obligations de la base de données économiques, sociales et environnementales. Vous apprendrez à identifier et analyser les informations essentielles afin d’exercer efficacement votre rôle consultatif. En maîtrisant cet outil stratégique, vous serez en mesure d’anticiper les évolutions économiques et sociales de votre entreprise et de renforcer l’impact du CSE dans le dialogue social.

Présentiel
Visio
voir
Formation SSCT CSE de moins de 50 salariés
Nouveau
Obligatoire
5 jours
20 modules
Formation SSCT CSE de moins de 50 salariés

Les 5 jours de formation SSCT obligatoire, entièrement recentrés sur le CSE de moins de 50 salariés : pas de CSSCT, peu d’élus, peu d’heures — des méthodes qui tiennent dans votre réalité.

Présentiel
Visio
voir