Articles
>
Congés payés acquis pendant un arrêt maladie non professionnelle : comment s'apprécie le plafond de 24 jours ?

Congés payés acquis pendant un arrêt maladie non professionnelle : comment s'apprécie le plafond de 24 jours ?

Sommaire

Un salarié en arrêt maladie non professionnelle continue d'acquérir des congés payés, dans la limite de 24 jours ouvrables. Mais comment ce plafond s'apprécie-t-il en cas d'arrêts sur plusieurs années ? La Cour de cassation répond, le 21 janvier 2026 (n° 24-22.228) : période de référence par période de référence.

Un salarié en arrêt maladie non professionnelle continue-t-il d'acquérir des congés payés ? Depuis la loi du 22 avril 2024, la réponse est oui, dans la limite d'un plafond de 24 jours ouvrables.

Mais comment ce plafond doit-il être calculé lorsque le salarié enchaîne plusieurs arrêts maladie sur des mois, voire des années ? La Cour de cassation a tranché cette question technique mais très concrète dans un arrêt du 21 janvier 2026 (Cass. soc., 21 janvier 2026, n° 24-22.228, publié au bulletin).

Le nouveau droit aux congés payés pendant un arrêt maladie non professionnelle

Avant 2024, un salarié en arrêt maladie pour une raison non professionnelle n'acquérait aucun congé payé pendant son absence. La France a dû se mettre en conformité avec le droit de l'Union européenne, qui impose que la maladie ne prive pas le salarié de son droit au repos.

La loi n° 2024-364 du 22 avril 2024 a donc introduit un nouvel article, L. 3141-5-1 du Code du travail : pendant un arrêt maladie non professionnelle, le salarié acquiert désormais 2 jours ouvrables de congé par mois, dans la limite de 24 jours ouvrables (soit l'équivalent de quatre semaines) par période de référence.

L'article L. 3141-5, 7° du Code du travail assimile ces périodes de suspension du contrat à du temps de travail effectif pour le calcul des droits à congés. La loi prévoit également une application rétroactive de ce plafond, encadrée par son article 37-II.

Les faits : un désaccord sur le mode de calcul du plafond

Dans l'affaire tranchée le 21 janvier 2026, une salariée engagée en octobre 2021 avait connu plusieurs périodes d'arrêt maladie non professionnelle échelonnées entre janvier 2022 et janvier 2023, avant de démissionner en septembre 2023.

Elle a ensuite réclamé, devant le conseil de prud'hommes, le paiement d'une indemnité compensatrice de congés payés au titre de l'ensemble de ces périodes de maladie. Le conseil de prud'hommes de Bordeaux lui avait donné gain de cause en retenant une appréciation globale du plafond de 24 jours sur l'ensemble de la relation de travail.

L'employeur a formé un pourvoi.

Ce que vient de préciser la Cour de cassation

La Cour de cassation censure cette approche globale. Elle juge que le plafond de 24 jours ouvrables doit s'apprécier période de référence par période de référence, et non de manière cumulée sur toute la durée du contrat de travail.

Concrètement, si la période de référence est l'année, un salarié en arrêt maladie non professionnelle pendant deux années civiles distinctes peut acquérir jusqu'à 24 jours au titre de chacune de ces deux périodes, soit 48 jours au total, et non un plafond unique de 24 jours pour l'ensemble de son absence.

La Cour casse et annule la décision bordelaise et renvoie l'affaire devant le conseil de prud'hommes de Libourne, chargé de vérifier, période par période, si le plafond a été respecté.

Un exemple chiffré pour bien comprendre

Prenons un salarié dont la période de référence pour les congés payés correspond à l'année civile. S'il est en arrêt maladie non professionnelle pendant huit mois consécutifs, à cheval sur deux années civiles (par exemple de mai de l'année N à décembre de l'année N, puis janvier de l'année N+1), le calcul ne s'effectue pas en additionnant simplement les mois d'arrêt sur une période continue de huit mois.

Il faut au contraire raisonner période par période : pour l'année N, le salarié acquiert 2 jours par mois d'arrêt dans la limite de 24 jours ouvrables au titre de cette seule période de référence ; pour l'année N+1, un nouveau compteur s'ouvre, avec un nouveau plafond de 24 jours applicable aux mois d'arrêt situés sur cette seconde période.

C'est cette lecture « par période », et non « en cumul continu », que la Cour de cassation impose désormais aux juges du fond.

Quelles conséquences pratiques pour les salariés et les employeurs

  • Chaque période de référence pour l'acquisition des congés payés (en principe l'année, sauf accord d'entreprise fixant une autre période) doit faire l'objet d'un calcul distinct du nombre de jours acquis pendant un arrêt maladie non professionnelle.
  • Un salarié en arrêt de longue durée, à cheval sur plusieurs périodes de référence, peut donc cumuler davantage de jours que le plafond de 24 jours ne le laisse penser à première vue.
  • Les services de paie doivent adapter leurs outils de calcul pour raisonner période par période, et non en cumul global, sous peine de sous-évaluer les droits des salariés concernés.
  • Les indemnités compensatrices de congés payés versées en cas de rupture du contrat doivent intégrer ce mode de calcul, y compris de façon rétroactive dans les limites fixées par la loi du 22 avril 2024.

Ce que doivent retenir les élus du CSE

  • Le sujet des congés payés acquis pendant un arrêt maladie non professionnelle concerne un nombre croissant de salariés et constitue une source fréquente de litiges individuels.
  • Les élus du CSE, notamment via la commission santé, sécurité et conditions de travail lorsqu'elle existe, ont intérêt à vérifier que l'employeur applique correctement ce nouveau plafond dans la gestion de la paie.
  • En cas de doute sur le calcul de ses droits, un salarié peut demander la communication du détail de ses périodes de référence et du nombre de jours acquis pour chacune d'elles.
  • Ce sujet technique gagne à être relayé auprès des salariés par les élus, tant la méconnaissance de cette réforme récente reste fréquente.

Pour accompagner les élus du CSE dans le suivi des évolutions du droit du travail applicables aux salariés de leur entreprise, CSE ACADEMIE propose des formations CSE et un accompagnement juridique personnalisé.

Sources

  • Cour de cassation, chambre sociale, 21 janvier 2026, n° 24-22.228, publié au bulletin — Légifrance
  • Code du travail, article L. 3141-5-1 (congés payés pendant un arrêt maladie non professionnelle) — Légifrance
  • Loi n° 2024-364 du 22 avril 2024 portant diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne — Légifrance
Actualité

Autres actualités CSE

Voir plus
Congés payés acquis pendant un arrêt maladie non professionnelle : comment s'apprécie le plafond de 24 jours ?
Congés payés acquis pendant un arrêt maladie non professionnelle : comment s'apprécie le plafond de 24 jours ?

Un salarié en arrêt maladie non professionnelle continue d'acquérir des congés payés, dans la limite de 24 jours ouvrables. Mais comment ce plafond s'apprécie-t-il en cas d'arrêts sur plusieurs années ? La Cour de cassation répond, le 21 janvier 2026 (n° 24-22.228) : période de référence par période de référence.

Contester la désignation d'une commission du CSE : quelle procédure devant le tribunal judiciaire ?
Contester la désignation d'une commission du CSE : quelle procédure devant le tribunal judiciaire ?

Après une élection professionnelle, la désignation des membres des commissions du CSE peut être contestée. Un arrêt du 10 juin 2026 (n° 24-14.114) précise que ces litiges relèvent du tribunal judiciaire, saisi par simple requête sans avocat obligatoire, y compris pour les commissions conventionnelles.

Documents comptables et archives du CSE : quels droits pour les élus non membres du bureau ?
Documents comptables et archives du CSE : quels droits pour les élus non membres du bureau ?

Un élu du CSE non membre du bureau peut-il consulter librement les archives comptables du comité ? Dans un arrêt du 8 juillet 2026 (n° 25-10.126), la Cour de cassation rappelle que tous les élus, quel que soit leur mandat, bénéficient d'un accès égal aux documents administratifs et comptables du CSE.

Nos formations

Les formations qui pourraient vous intéresser ...

Voir toutes les formations
Formation IA & CSE : comprendre et utiliser l'IA dans le mandat
Nouveau
⬥ Très sollicitée
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation IA & CSE : comprendre et utiliser l'IA dans le mandat

L'intelligence artificielle transforme profondément le monde du travail. Cette formation permet aux élus de comprendre les impacts de l'IA sur les salariés et les emplois, d'exercer les prérogatives du CSE face aux projets IA, et d'utiliser des outils IA pour faciliter leur mandat au quotidien.

Présentiel
Visio
voir
Formation maîtriser le fonctionnement du CSE
⬥ Très sollicitée
2 jours
+ 240 élus formés
8 modules
Formation maîtriser le fonctionnement du CSE

Vous êtes élus(es) du CSE, qu’il s’agisse d’un nouveau mandat ou d’un premier mandat ? Cette formation est faite pour vous ! Adaptée à tous les membres du CSE, quel que soit la taille de l’entreprise, elle vous permet de maîtriser les bases essentielles et d’exercer pleinement vos missions.

Présentiel
Visio
voir
Formation préparer et conduire les NAO pour les délégués syndicaux
Nouveau
1 jour
Délégués syndicaux
4 modules
Formation préparer et conduire les NAO pour les délégués syndicaux

Les NAO constituent un moment privilégié du dialogue social. Conçue spécifiquement pour les délégués syndicaux, cette formation vous permet de maîtriser le cadre légal, les techniques de négociation et les outils de préparation pour défendre efficacement les intérêts des salariés.

Présentiel
Visio
voir
Formation économique 3 jours
Obligatoire
3 jours
+200 élus formés
12 modules
Formation économique 3 jours

Cette formation de trois jours vous permettra d’acquérir des bases solides en comptabilité et en analyse financière pour mieux comprendre la situation économique de votre entreprise. Vous apprendrez à analyser les documents comptables, maîtriser les budgets du CSE et à appréhender les mécanismes de restructuration pour renforcer votre influence dans les décisions stratégiques.

Présentiel
Visio
voir
Formation CSE de moins de 50 salariés : l'essentiel du mandat
1 jour
+200 élus formés
4 modules
Formation CSE de moins de 50 salariés : l'essentiel du mandat

Dans une entreprise de moins de 50 salariés, le CSE a des missions spécifiques et des moyens adaptés. Cette formation vous apporte les compétences essentielles pour représenter les salariés, assurer un dialogue efficace avec l’employeur et faire du CSE un véritable levier d’action.

Présentiel
Visio
voir
Formation faire face à un licenciement économique (avec ou sans PSE)
Nouveau
⬥ Très sollicitée
2 jours
12 élus max
6 modules
Formation faire face à un licenciement économique (avec ou sans PSE)

Le licenciement économique est l'une des situations les plus délicates pour un CSE. Cette formation de 2 jours donne aux élus toutes les clés pour comprendre les procédures, exercer les droits de consultation, négocier des mesures ambitieuses et accompagner les salariés.

Présentiel
Visio
voir
Formation DUERP : comprendre, évaluer et prévenir les risques professionnels
1 jour
+ 170 élus formés
4 modules
Formation DUERP : comprendre, évaluer et prévenir les risques professionnels

Cette formation, axée sur la pratique et des cas concrets, donne aux élus du CSE les compétences nécessaires pour analyser les risques, proposer des actions de prévention efficaces et assurer le suivi du DUERP en collaboration avec l’employeur et les autres acteurs de la santé au travail.

Présentiel
Visio
voir
Formation comprendre les procédures collectives
Nouveau
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation comprendre les procédures collectives

Sauvegarde, redressement, liquidation judiciaire : cette formation donne aux élus les clés pour comprendre ces procédures, leurs effets sur les salariés, et exercer le rôle de consultation et de représentation du CSE en situation de crise.

Présentiel
Visio
voir
Formation renouvellement des membres du CSE - SSCT 3 jours (obligatoire)
Obligatoire
⬥ Très sollicitée
3 jours
+360 élus formés
12 modules
Formation renouvellement des membres du CSE - SSCT 3 jours (obligatoire)

En tant qu’élu du CSE ou de la CSSCT, vous êtes un acteur clé de la santé et de la sécurité au travail. Cette formation vous donne toutes les clés pour identifier les risques professionnels, proposer des actions concrètes et collaborer efficacement avec les différents acteurs de l’entreprise. Maîtrisez vos missions, anticipez les dangers et devenez un véritable moteur de la prévention. Offrez à vos salariés un environnement de travail plus sûr et serein !

Présentiel
Visio
voir
Formation identifier et prévenir les risques psychosociaux
⬥ Très sollicitée
1 jour
+300 élus formés
5 modules
Formation identifier et prévenir les risques psychosociaux

Identifiez, prévenez et gérez efficacement les risques psychosociaux (stress, burn-out, harcèlement, violences au travail…). Cette formation vous offre les clés pour agir rapidement et protéger la santé des salariés, créant ainsi un environnement de travail plus sûr et respectueux.

Présentiel
Visio
voir
Formation comprendre et agir en cas d'entrave
Nouveau
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation comprendre et agir en cas d'entrave

Le délit d'entrave est une infraction pénale grave souvent méconnue des élus. Cette formation vous permet d'identifier les comportements constitutifs d'entrave, de connaître les sanctions applicables et de maîtriser les recours pour défendre votre mandat.

Présentiel
Visio
voir
Formation inaptitude physique & rôle du CSE
Nouveau
⬥ Très sollicitée
1 jour
12 élus max
4 modules
Formation inaptitude physique & rôle du CSE

L'inaptitude physique est une situation médicale et juridique complexe qui engage de nombreuses obligations pour l'employeur. Les élus du CSE jouent un rôle central dans cette procédure. Cette formation vous permet de maîtriser l'ensemble de la procédure et d'accompagner les salariés avec efficacité.

Présentiel
Visio
voir