Articles
>
Modification du contrat pour motif économique : un mois pour refuser, sinon acceptation (L. 1222-6)

Modification du contrat pour motif économique : un mois pour refuser, sinon acceptation (L. 1222-6)

Publié le 31 octobre 2026
Sommaire

Quand l'employeur propose de modifier un élément essentiel du contrat pour motif économique, le salarié dispose d'un mois pour refuser ; son silence vaut acceptation. Un refus peut conduire à un licenciement économique, avec consultation du CSE. Voici ce que disent les articles L. 1222-6, L. 1233-3, L. 1233-8 et L. 1233-28 du Code du travail.

👋 Moi c'est Walid BENKHALED, ex-avocat en droit du travail, juriste et formateur CSE. Avec CSE ACADÉMIE, nous formons et accompagnons les élus CSE partout en France.

Votre direction annonce une réorganisation. Quelques jours plus tard, des collègues reçoivent une lettre recommandée : leur rémunération ou leur temps de travail va changer, et ils ont « un mois pour répondre ». Certains hésitent, d'autres laissent la lettre sans réponse. Que se passe-t-il s'ils ne disent rien ? Et s'ils refusent ?

Le Code du travail encadre cette situation à l'article L. 1222-6 : le silence du salarié pendant un mois vaut acceptation, et le refus peut ouvrir la voie à un licenciement économique, régi par l'article L. 1233-3.

📌 Point clé : lorsque l'employeur propose, pour un motif économique, de modifier un élément essentiel du contrat, il doit écrire par lettre recommandée avec avis de réception. Le salarié a un mois à compter de la réception pour refuser. Sans réponse dans ce délai, il est réputé avoir accepté. Un refus peut déboucher sur un licenciement pour motif économique.

⚖️ La règle de l'article L. 1222-6

L'article L. 1222-6 vise l'employeur qui « envisage la modification d'un élément essentiel du contrat de travail » pour l'un des motifs économiques énoncés à l'article L. 1233-3. Il impose une forme précise : la proposition est faite par lettre recommandée avec avis de réception.

Cette lettre doit informer le salarié qu'il dispose d'un mois, à compter de sa réception, pour faire connaître son refus. Le délai est ramené à quinze jours si l'entreprise est en redressement judiciaire ou en liquidation judiciaire. Si le salarié ne répond pas dans ce délai, il est réputé avoir accepté la modification.

Deux conséquences pratiques en découlent. D'abord, le silence ne protège pas : il faut répondre, et de préférence par écrit, avec une preuve de l'envoi. Ensuite, une lettre qui n'indique pas le délai d'un mois ne respecte pas le texte, ce qui fragilise la procédure de l'employeur.

📜 Quels sont les motifs économiques ?

L'article L. 1233-3 définit le licenciement économique comme celui qui résulte d'une suppression ou transformation d'emploi, ou d'une modification refusée par le salarié d'un élément essentiel du contrat, consécutives notamment à :

  • des difficultés économiques, caractérisées par l'évolution significative d'au moins un indicateur (baisse des commandes ou du chiffre d'affaires, pertes d'exploitation, dégradation de la trésorerie ou de l'excédent brut d'exploitation) ;
  • des mutations technologiques ;
  • une réorganisation nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité ;
  • la cessation d'activité de l'entreprise.

Pour la baisse du chiffre d'affaires ou des commandes, la loi fixe des durées minimales de baisse, par comparaison avec la même période de l'année précédente.

Effectif de l'entrepriseDurée de baisse requise
Moins de 11 salariésUn trimestre
De 11 à moins de 50 salariésDeux trimestres consécutifs
De 50 à moins de 300 salariésTrois trimestres consécutifs
300 salariés et plusQuatre trimestres consécutifs

Ces seuils ne valent que pour la baisse des commandes ou du chiffre d'affaires. L'employeur peut aussi invoquer tout autre élément de nature à justifier les difficultés.

À quel niveau apprécier la cause économique ?

Les difficultés économiques, les mutations technologiques ou la nécessité de sauvegarder la compétitivité s'apprécient au niveau de l'entreprise si elle n'appartient pas à un groupe. Dans le cas contraire, elles s'apprécient au niveau du secteur d'activité commun à l'entreprise et aux entreprises du groupe établies sur le territoire national, sauf fraude. Le secteur d'activité se définit notamment par la nature des produits ou services, la clientèle ciblée et les réseaux de distribution.

🚦 Ce qui se passe après la lettre

Réaction du salariéConséquence
Acceptation expresseLa modification s'applique
Silence pendant un moisLe salarié est réputé avoir accepté
Refus dans le délaiL'employeur peut renoncer à la modification ou engager un licenciement économique

Le texte de L. 1222-6 ne détaille pas les suites d'un refus. C'est l'article L. 1233-3 qui fait le lien : le licenciement résultant d'une modification refusée d'un élément essentiel du contrat est un licenciement pour motif économique. Les dispositions du chapitre sur le licenciement économique s'appliquent alors à la rupture, à l'exclusion de la rupture conventionnelle et de la rupture d'un commun accord dans le cadre d'un accord collectif.

Attention à ne pas confondre : seul un élément essentiel du contrat nécessite l'accord du salarié. La rémunération et la durée du travail sont classiquement rangées dans cette catégorie. À l'inverse, un simple changement des conditions de travail relève en principe du pouvoir de direction de l'employeur. La frontière dépend des circonstances de chaque dossier, et le texte ne la définit pas.

🏢 Le rôle du CSE dans la procédure

Lorsque la modification refusée conduit à un licenciement économique, le CSE intervient selon l'ampleur du projet.

  • Moins de dix salariés concernés dans une même période de trente jours : l'article L. 1233-8 impose à l'employeur de réunir et consulter le CSE dans les entreprises d'au moins onze salariés. Le CSE rend son avis dans un délai qui ne peut dépasser un mois à compter de la première réunion. Sans avis rendu dans ce délai, il est réputé avoir été consulté.
  • Au moins dix salariés dans une même période de trente jours : l'article L. 1233-28 prévoit une consultation du CSE dans les conditions du paragraphe consacré au licenciement collectif, dont les délais détaillés figurent dans les articles suivants.

Le délai d'un mois pour le CSE est court. Mieux vaut préparer les questions dès la première réunion. Notre article sur le droit d'alerte économique du CSE détaille un outil utile lorsque la situation de l'entreprise est préoccupante.

🧭 Ce que peut faire le salarié

  • Noter la date de réception de la lettre recommandée : le délai d'un mois court à partir de là.
  • Vérifier que la lettre mentionne le délai d'un mois pour refuser.
  • Répondre par écrit, en recommandé, plutôt que de laisser le silence valoir acceptation.
  • Demander le motif économique précis invoqué et les documents qui l'appuient.
  • Se faire conseiller avant de refuser : un refus peut conduire à un licenciement. Un élu du CSE peut aider à lire la lettre.

👥 Ce que doivent retenir les élus du CSE

  • Dès qu'une direction envoie plusieurs lettres de proposition de modification, demandez le nombre de salariés visés, le motif économique et le calendrier. Ces informations conditionnent la procédure de consultation.
  • Rappelez aux salariés le délai d'un mois et l'effet du silence. C'est le point où ils se trompent le plus souvent.
  • Vérifiez que l'employeur n'a pas fractionné les propositions pour échapper au seuil de dix salariés sur trente jours. Si le doute existe, demandez le décompte exact.
  • Dans une entreprise d'au moins onze salariés, le CSE doit être consulté si un licenciement économique de moins de dix salariés est envisagé. Réclamez l'inscription à l'ordre du jour.
  • Votre avis est attendu sous un mois : préparez-le en amont, avec des questions écrites.

💡 Le réflexe utile en réunion : demandez à la direction, par écrit, combien de salariés ont reçu une proposition de modification de leur contrat, à quelle date les lettres ont été envoyées et quel motif économique est invoqué, puis faites consigner ces réponses au procès-verbal. Vous saurez ainsi quel seuil de consultation s'applique et quand le délai d'un mois expire.

📌 Ce qu'il faut retenir

  • Forme : la proposition de modification pour motif économique se fait par lettre recommandée avec avis de réception.
  • Délai : un mois à compter de la réception pour refuser, quinze jours en cas de redressement ou de liquidation judiciaire.
  • Silence : à défaut de réponse dans le délai, le salarié est réputé avoir accepté.
  • Refus : le licenciement qui en résulte est un licenciement pour motif économique (L. 1233-3).
  • CSE : consulté dès onze salariés d'effectif, avec un avis attendu sous un mois pour un projet de moins de dix licenciements en trente jours.

📚 Sources

  • Article L. 1222-6 du Code du travail — modification du contrat pour motif économique
  • Article L. 1233-3 du Code du travail — définition du licenciement économique
  • Article L. 1233-8 du Code du travail — consultation du CSE, moins de dix salariés
  • Article L. 1233-28 du Code du travail — consultation du CSE, au moins dix salariés

Votre direction annonce des modifications de contrat et vous hésitez sur la marche à suivre ? Les élus du CSE peuvent se faire accompagner grâce à notre accompagnement juridique, ou se former avec nos formations CSE.

Actualité

Autres actualités CSE

Voir plus
Congé parental d'éducation : conditions, durée jusqu'aux 3 ans de l'enfant et retour dans l'entreprise
Congé parental d'éducation : conditions, durée jusqu'aux 3 ans de l'enfant et retour dans l'entreprise

Le congé parental d'éducation suspend le contrat de travail ; l'activité à temps partiel, d'au moins 16 heures par semaine, en est l'alternative. Il suppose un an d'ancienneté, dure un an renouvelable deux fois et prend fin au plus tard aux 3 ans de l'enfant. Voici ce que prévoient les articles L. 1225-47 à L. 1225-55 du Code du travail.

Modification du contrat pour motif économique : un mois pour refuser, sinon acceptation (L. 1222-6)
Modification du contrat pour motif économique : un mois pour refuser, sinon acceptation (L. 1222-6)

Quand l'employeur propose de modifier un élément essentiel du contrat pour motif économique, le salarié dispose d'un mois pour refuser ; son silence vaut acceptation. Un refus peut conduire à un licenciement économique, avec consultation du CSE. Voici ce que disent les articles L. 1222-6, L. 1233-3, L. 1233-8 et L. 1233-28 du Code du travail.

Rupture anticipée du CDD : cas autorisés, dommages-intérêts et indemnité de précarité
Rupture anticipée du CDD : cas autorisés, dommages-intérêts et indemnité de précarité

Un CDD ne peut être rompu avant son terme que dans des cas limités : accord des parties, faute grave, force majeure, inaptitude constatée par le médecin du travail, ou embauche en CDI à l'initiative du salarié. Voici ce que prévoient les articles L. 1243-1 à L. 1243-4 et L. 1243-8 du Code du travail, et ce que les élus peuvent en retenir.

Nos formations

Les formations qui pourraient vous intéresser ...

Voir toutes les formations
Formation harcèlement au travail : sensibilisation des salariés (demi-journée)
Nouveau
½ journée
Nouvelle formation
3 modules
Formation harcèlement au travail : sensibilisation des salariés (demi-journée)

Une demi-journée pour donner à chaque salarié les repères essentiels : reconnaître le harcèlement moral, le harcèlement sexuel et les agissements sexistes, faire la différence avec un simple désaccord et savoir à qui s'adresser, que l'on soit victime ou témoin.

Présentiel
Visio
voir
Formation égalité de traitement & non-discrimination
Nouveau
2 jours
8 modules
Formation égalité de traitement & non-discrimination

Repérer une discrimination, la documenter et la faire cesser : critères prohibés, charge de la preuve, panels de comparaison, index d'égalité et recours, avec des cas réels anonymisés.

Présentiel
Visio
voir
Formation comprendre et maîtriser son bulletin de paie
Nouveau
1 jour
5 modules
Formation comprendre et maîtriser son bulletin de paie

Une journée pour lire un bulletin de paie ligne par ligne, contrôler les mentions obligatoires, recalculer du brut au net et détecter les erreurs, avec la méthode en dix points et les délais pour agir.

Présentiel
Visio
voir
Formation accident du travail & maladie professionnelle
Nouveau
2 jours
8 modules
Formation accident du travail & maladie professionnelle

Deux journées pour maîtriser l'AT et la MP de bout en bout : qualification, déclaration, contestation, enquête du CSE par l'arbre des causes, faute inexcusable et pilotage de la sinistralité.

Présentiel
Visio
voir
Formation DUERP : comprendre, évaluer et prévenir les risques professionnels
1 jour
+ 170 élus formés
4 modules
Formation DUERP : comprendre, évaluer et prévenir les risques professionnels

Cette formation, axée sur la pratique et des cas concrets, donne aux élus du CSE les compétences nécessaires pour analyser les risques, proposer des actions de prévention efficaces et assurer le suivi du DUERP en collaboration avec l’employeur et les autres acteurs de la santé au travail.

Présentiel
Visio
voir
Formation économique 3 jours
Obligatoire
3 jours
+200 élus formés
12 modules
Formation économique 3 jours

Cette formation de trois jours vous permettra d’acquérir des bases solides en comptabilité et en analyse financière pour mieux comprendre la situation économique de votre entreprise. Vous apprendrez à analyser les documents comptables, maîtriser les budgets du CSE et à appréhender les mécanismes de restructuration pour renforcer votre influence dans les décisions stratégiques.

Présentiel
Visio
voir
Formation le droit de grève : tout comprendre (1 jour)
Nouveau
1 jour
Nouvelle formation
6 modules
Formation le droit de grève : tout comprendre (1 jour)

Une journée complète sur tous les contours du droit de grève : ce qu'est une grève licite, les mouvements interdits, les règles du secteur public, les effets sur le contrat et la paie, ce que l'employeur peut faire ou non, et la place exacte du CSE pendant le conflit.

Présentiel
Visio
voir
Formation les bases en droit du travail
⬥ Très sollicitée
2 jours
Très sollicitée
8 modules
Formation les bases en droit du travail

Le droit du travail est essentiel pour exercer pleinement votre mandat d’élu CSE. Cette formation vous offre les clés pour comprendre les principes fondamentaux et intervenir efficacement. Conçue spécifiquement pour les élus, elle vous permettra de sécuriser vos actions et défendre les droits des salariés avec assurance.

Présentiel
Visio
voir
Formation SSCT obligatoire 5 jours
Obligatoire
⬥ Très sollicitée
5 jours
+ 460 élus formés
20 modules
Formation SSCT obligatoire 5 jours

Elle vous permettra de développer des compétences solides et directement applicables à votre quotidien au travers de cas concrets, de mises en situation et des échanges d’expériences.

Présentiel
Visio
voir
Formation référent harcèlement sexuel & agissements sexistes
Obligatoire
⬥ Très sollicitée
1 jour
+ 190 élus formés
4 modules
Formation référent harcèlement sexuel & agissements sexistes

Le rôle de référent harcèlement sexuel et agissements sexistes est désormais obligatoire pour les CSE. Cette formation est donc essentielle pour le référent désigné, mais également pour tous les élus souhaitant être sensibilisés et disposer des outils nécessaires pour prévenir et gérer ces comportements en entreprise.

Présentiel
Visio
voir
Formation trésorier du CSE
⬥ Très sollicitée
2 jours
+ 140 élus formés
8 modules
Formation trésorier du CSE

Cette formation est spécialement conçue pour le trésorier du CSE, afin de lui fournir toutes les compétences nécessaires pour gérer efficacement les finances de l'instance. À travers un programme structuré et des cas pratiques, vous apprendrez à gérer les budgets du CSE, qu’il s’agisse du budget de fonctionnement ou du budget des activités sociales et culturelles (ASC), tout en garantissant une utilisation conforme aux règles légales.

Présentiel
Visio
voir
Formation connaître les différents types de licenciements pour mieux accompagner les salariés
⬥ Très sollicitée
1 jour
+280 élus formés
5 modules
Formation connaître les différents types de licenciements pour mieux accompagner les salariés

Comprendre les différentes procédures de licenciements pour mieux accompagner les salariés : cette formation vous apporte les connaissances essentielles sur les procédures de rupture du contrat de travail et votre le rôle en tant qu'élu CSE. Vous apprendrez à informer les salariés, à les accompagner lors des entretiens préalables et à comprendre les différents recours en cas de contestation.

Présentiel
Visio
voir