Quand l'employeur propose de modifier un élément essentiel du contrat pour motif économique, le salarié dispose d'un mois pour refuser ; son silence vaut acceptation. Un refus peut conduire à un licenciement économique, avec consultation du CSE. Voici ce que disent les articles L. 1222-6, L. 1233-3, L. 1233-8 et L. 1233-28 du Code du travail.
Votre direction annonce une réorganisation. Quelques jours plus tard, des collègues reçoivent une lettre recommandée : leur rémunération ou leur temps de travail va changer, et ils ont « un mois pour répondre ». Certains hésitent, d'autres laissent la lettre sans réponse. Que se passe-t-il s'ils ne disent rien ? Et s'ils refusent ?
Le Code du travail encadre cette situation à l'article L. 1222-6 : le silence du salarié pendant un mois vaut acceptation, et le refus peut ouvrir la voie à un licenciement économique, régi par l'article L. 1233-3.
📌 Point clé : lorsque l'employeur propose, pour un motif économique, de modifier un élément essentiel du contrat, il doit écrire par lettre recommandée avec avis de réception. Le salarié a un mois à compter de la réception pour refuser. Sans réponse dans ce délai, il est réputé avoir accepté. Un refus peut déboucher sur un licenciement pour motif économique.
⚖️ La règle de l'article L. 1222-6
L'article L. 1222-6 vise l'employeur qui « envisage la modification d'un élément essentiel du contrat de travail » pour l'un des motifs économiques énoncés à l'article L. 1233-3. Il impose une forme précise : la proposition est faite par lettre recommandée avec avis de réception.
Cette lettre doit informer le salarié qu'il dispose d'un mois, à compter de sa réception, pour faire connaître son refus. Le délai est ramené à quinze jours si l'entreprise est en redressement judiciaire ou en liquidation judiciaire. Si le salarié ne répond pas dans ce délai, il est réputé avoir accepté la modification.
Deux conséquences pratiques en découlent. D'abord, le silence ne protège pas : il faut répondre, et de préférence par écrit, avec une preuve de l'envoi. Ensuite, une lettre qui n'indique pas le délai d'un mois ne respecte pas le texte, ce qui fragilise la procédure de l'employeur.
📜 Quels sont les motifs économiques ?
L'article L. 1233-3 définit le licenciement économique comme celui qui résulte d'une suppression ou transformation d'emploi, ou d'une modification refusée par le salarié d'un élément essentiel du contrat, consécutives notamment à :
- des difficultés économiques, caractérisées par l'évolution significative d'au moins un indicateur (baisse des commandes ou du chiffre d'affaires, pertes d'exploitation, dégradation de la trésorerie ou de l'excédent brut d'exploitation) ;
- des mutations technologiques ;
- une réorganisation nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité ;
- la cessation d'activité de l'entreprise.
Pour la baisse du chiffre d'affaires ou des commandes, la loi fixe des durées minimales de baisse, par comparaison avec la même période de l'année précédente.
| Effectif de l'entreprise | Durée de baisse requise |
|---|---|
| Moins de 11 salariés | Un trimestre |
| De 11 à moins de 50 salariés | Deux trimestres consécutifs |
| De 50 à moins de 300 salariés | Trois trimestres consécutifs |
| 300 salariés et plus | Quatre trimestres consécutifs |
Ces seuils ne valent que pour la baisse des commandes ou du chiffre d'affaires. L'employeur peut aussi invoquer tout autre élément de nature à justifier les difficultés.
À quel niveau apprécier la cause économique ?
Les difficultés économiques, les mutations technologiques ou la nécessité de sauvegarder la compétitivité s'apprécient au niveau de l'entreprise si elle n'appartient pas à un groupe. Dans le cas contraire, elles s'apprécient au niveau du secteur d'activité commun à l'entreprise et aux entreprises du groupe établies sur le territoire national, sauf fraude. Le secteur d'activité se définit notamment par la nature des produits ou services, la clientèle ciblée et les réseaux de distribution.
🚦 Ce qui se passe après la lettre
| Réaction du salarié | Conséquence |
|---|---|
| Acceptation expresse | La modification s'applique |
| Silence pendant un mois | Le salarié est réputé avoir accepté |
| Refus dans le délai | L'employeur peut renoncer à la modification ou engager un licenciement économique |
Le texte de L. 1222-6 ne détaille pas les suites d'un refus. C'est l'article L. 1233-3 qui fait le lien : le licenciement résultant d'une modification refusée d'un élément essentiel du contrat est un licenciement pour motif économique. Les dispositions du chapitre sur le licenciement économique s'appliquent alors à la rupture, à l'exclusion de la rupture conventionnelle et de la rupture d'un commun accord dans le cadre d'un accord collectif.
Attention à ne pas confondre : seul un élément essentiel du contrat nécessite l'accord du salarié. La rémunération et la durée du travail sont classiquement rangées dans cette catégorie. À l'inverse, un simple changement des conditions de travail relève en principe du pouvoir de direction de l'employeur. La frontière dépend des circonstances de chaque dossier, et le texte ne la définit pas.
🏢 Le rôle du CSE dans la procédure
Lorsque la modification refusée conduit à un licenciement économique, le CSE intervient selon l'ampleur du projet.
- Moins de dix salariés concernés dans une même période de trente jours : l'article L. 1233-8 impose à l'employeur de réunir et consulter le CSE dans les entreprises d'au moins onze salariés. Le CSE rend son avis dans un délai qui ne peut dépasser un mois à compter de la première réunion. Sans avis rendu dans ce délai, il est réputé avoir été consulté.
- Au moins dix salariés dans une même période de trente jours : l'article L. 1233-28 prévoit une consultation du CSE dans les conditions du paragraphe consacré au licenciement collectif, dont les délais détaillés figurent dans les articles suivants.
Le délai d'un mois pour le CSE est court. Mieux vaut préparer les questions dès la première réunion. Notre article sur le droit d'alerte économique du CSE détaille un outil utile lorsque la situation de l'entreprise est préoccupante.
🧭 Ce que peut faire le salarié
- Noter la date de réception de la lettre recommandée : le délai d'un mois court à partir de là.
- Vérifier que la lettre mentionne le délai d'un mois pour refuser.
- Répondre par écrit, en recommandé, plutôt que de laisser le silence valoir acceptation.
- Demander le motif économique précis invoqué et les documents qui l'appuient.
- Se faire conseiller avant de refuser : un refus peut conduire à un licenciement. Un élu du CSE peut aider à lire la lettre.
👥 Ce que doivent retenir les élus du CSE
- Dès qu'une direction envoie plusieurs lettres de proposition de modification, demandez le nombre de salariés visés, le motif économique et le calendrier. Ces informations conditionnent la procédure de consultation.
- Rappelez aux salariés le délai d'un mois et l'effet du silence. C'est le point où ils se trompent le plus souvent.
- Vérifiez que l'employeur n'a pas fractionné les propositions pour échapper au seuil de dix salariés sur trente jours. Si le doute existe, demandez le décompte exact.
- Dans une entreprise d'au moins onze salariés, le CSE doit être consulté si un licenciement économique de moins de dix salariés est envisagé. Réclamez l'inscription à l'ordre du jour.
- Votre avis est attendu sous un mois : préparez-le en amont, avec des questions écrites.
💡 Le réflexe utile en réunion : demandez à la direction, par écrit, combien de salariés ont reçu une proposition de modification de leur contrat, à quelle date les lettres ont été envoyées et quel motif économique est invoqué, puis faites consigner ces réponses au procès-verbal. Vous saurez ainsi quel seuil de consultation s'applique et quand le délai d'un mois expire.
📌 Ce qu'il faut retenir
- Forme : la proposition de modification pour motif économique se fait par lettre recommandée avec avis de réception.
- Délai : un mois à compter de la réception pour refuser, quinze jours en cas de redressement ou de liquidation judiciaire.
- Silence : à défaut de réponse dans le délai, le salarié est réputé avoir accepté.
- Refus : le licenciement qui en résulte est un licenciement pour motif économique (L. 1233-3).
- CSE : consulté dès onze salariés d'effectif, avec un avis attendu sous un mois pour un projet de moins de dix licenciements en trente jours.
📚 Sources
- Article L. 1222-6 du Code du travail — modification du contrat pour motif économique
- Article L. 1233-3 du Code du travail — définition du licenciement économique
- Article L. 1233-8 du Code du travail — consultation du CSE, moins de dix salariés
- Article L. 1233-28 du Code du travail — consultation du CSE, au moins dix salariés
Votre direction annonce des modifications de contrat et vous hésitez sur la marche à suivre ? Les élus du CSE peuvent se faire accompagner grâce à notre accompagnement juridique, ou se former avec nos formations CSE.










.png)
