Un élu du CSE non membre du bureau peut-il consulter librement les archives comptables du comité ? Dans un arrêt du 8 juillet 2026 (n° 25-10.126), la Cour de cassation rappelle que tous les élus, quel que soit leur mandat, bénéficient d'un accès égal aux documents administratifs et comptables du CSE.
Un élu du CSE qui n'occupe ni la fonction de secrétaire ni celle de trésorier peut-il consulter librement les archives comptables du comité ? La question revient régulièrement dans les CSE où la majorité et la minorité syndicale se disputent l'accès à l'information financière.
Dans un arrêt du 8 juillet 2026 (Cass. soc., 8 juillet 2026, n° 25-10.126, publié au bulletin), la Cour de cassation apporte une réponse claire et sans ambiguïté.
Ce que prévoit le Code du travail
Le CSE doit établir des comptes annuels, dont les modalités varient selon sa taille (L. 2315-64 et suivants du Code du travail). Le trésorier assure la tenue de ces comptes et le secrétaire coordonne le fonctionnement du comité, mais le Code du travail ne réserve nulle part l'accès aux archives comptables et administratives aux seuls membres du bureau.
Les articles L. 2315-68, L. 2315-69 et L. 2315-71 du Code du travail, qui organisent l'établissement et le contrôle des comptes du CSE, s'adressent à l'ensemble des membres élus, titulaires comme suppléants.
Les faits à l'origine de la décision
Dans cette affaire, des élus d'un comité social et économique d'établissement souhaitaient consulter les archives comptables et administratives du comité pour les exercices 2021 à 2023. Après des échanges restés infructueux avec le trésorier, ils ont saisi le juge, par une requête en référé déposée le 16 octobre 2023, afin d'obtenir l'accès aux locaux du CSE où étaient conservés ces documents.
Les juges du fond ont rejeté leur demande, estimant que des séances de consultation avaient déjà été organisées.
Un pourvoi a été formé devant la Cour de cassation, qui s'est prononcée le 8 juillet 2026 sur renvoi d'une décision de la cour d'appel de Paris du 7 novembre 2024.
Ce que vient de juger la Cour de cassation
La Cour de cassation rejette le pourvoi mais profite de l'affaire pour rappeler un principe de portée générale : tous les membres du CSE, quel que soit leur mandat, bénéficient d'un accès égal aux archives et aux documents administratifs et comptables du comité.
Ce droit d'accès ne dépend ni de l'appartenance syndicale de l'élu, ni de l'exercice d'une fonction particulière au sein du bureau. La Cour précise que les fonctions de secrétaire ou de trésorier, si elles emportent des responsabilités de gestion courante, n'emportent en revanche aucun monopole sur la conservation ou la communication de l'information comptable.
En l'espèce, le rejet du pourvoi tient uniquement au fait que les élus n'avaient pas rapporté la preuve d'un refus d'accès à des documents complets, des visites ayant déjà été organisées par le comité.
Que recouvrent concrètement les « archives comptables et administratives »
La notion englobe l'ensemble des pièces qui permettent de retracer la gestion financière du comité : relevés bancaires, factures, contrats fournisseurs, justificatifs de subventions versées aux salariés au titre des activités sociales et culturelles, bulletins de paie des éventuels salariés du CSE, et comptes annuels eux-mêmes.
Les modalités d'établissement de ces comptes varient selon la taille du CSE : les plus petits comités peuvent tenir une comptabilité ultra-simplifiée ou simplifiée, tandis que les CSE dépassant certains seuils de ressources doivent faire certifier leurs comptes par un commissaire aux comptes et établir un rapport de gestion détaillé, conformément aux articles du Code du travail relatifs à l'établissement et au contrôle des comptes.
Dans tous les cas, ces documents doivent rester accessibles à l'ensemble des élus, et pas seulement présentés une fois par an lors de leur approbation en réunion plénière.
Ce que cela change concrètement pour les élus
Cette décision a une portée pratique immédiate pour le fonctionnement quotidien des CSE :
- Un élu titulaire ou suppléant peut demander à consulter les comptes, les relevés bancaires, les factures et l'ensemble des pièces justificatives du comité, sans avoir à justifier d'un motif particulier.
- Le trésorier ne peut pas conditionner cet accès à une autorisation du bureau ou à un vote préalable en réunion plénière.
- En cas de refus persistant, l'élu peut saisir le tribunal judiciaire, mais il doit être en mesure de démontrer concrètement que l'accès demandé lui a été refusé ou que les documents communiqués étaient incomplets — un simple désaccord sur les modalités pratiques de consultation ne suffit pas.
- Les CSE ont tout intérêt à formaliser une procédure claire de consultation des archives (créneaux dédiés, registre de consultation) pour éviter les contentieux tout en respectant ce droit d'accès égalitaire.
Ce que doivent retenir les élus du CSE
- L'accès aux archives comptables et administratives du CSE est un droit attaché au mandat d'élu, pas à une fonction du bureau.
- Secrétaire et trésorier gèrent les affaires courantes, mais ne peuvent pas filtrer l'information comptable transmise aux autres élus.
- Avant toute action judiciaire, il est essentiel de documenter précisément les demandes d'accès formulées et les refus ou lacunes constatés.
- Une bonne gouvernance interne du CSE, avec des règles de consultation transparentes, limite fortement les risques de conflit et de contentieux.
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Sources
- Cour de cassation, chambre sociale, 8 juillet 2026, n° 25-10.126, publié au bulletin — Légifrance
- Code du travail, articles L. 2315-64 à L. 2315-77 (établissement et contrôle des comptes du CSE) — Légifrance








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