Prescription des faits fautifs

👋 Moi c'est Walid BENKHALED, ex-avocat en droit du travail, juriste et formateur CSE. Avec CSE ACADÉMIE, nous formons et accompagnons les élus CSE partout en France.

La prescription des faits fautifs est le délai au-delà duquel l’employeur ne peut plus sanctionner un comportement reproché à un salarié. Passé deux mois à compter du jour où il en a eu connaissance, le fait est prescrit : il ne peut plus, à lui seul, servir de fondement à une sanction.

⚖️ Ce que dit le Code du travail

Quatre articles encadrent le calendrier disciplinaire.

  • Article L. 1332-4 : « Aucun fait fautif ne peut donner lieu à lui seul à l’engagement de poursuites disciplinaires au-delà d’un délai de deux mois à compter du jour où l’employeur en a eu connaissance, à moins que ce fait ait donné lieu dans le même délai à l’exercice de poursuites pénales. »
  • Article L. 1332-5 : « Aucune sanction antérieure de plus de trois ans à l’engagement des poursuites disciplinaires ne peut être invoquée à l’appui d’une nouvelle sanction. »
  • Article L. 1332-2 : la sanction ne peut intervenir moins de deux jours ouvrables, ni plus d’un mois après le jour fixé pour l’entretien préalable. Elle est motivée et notifiée au salarié.
  • Article L. 1332-1 : aucune sanction ne peut être prise sans que le salarié soit informé, par écrit et dans le même temps, des griefs retenus contre lui.

🧭 Concrètement, pour les élus du CSE

Un salarié vous montre une convocation à un entretien préalable. La première chose à examiner n’est pas le reproche, mais les dates.

  • Quand l’employeur a-t-il eu connaissance des faits ? Le point de départ des deux mois n’est pas la date des faits, mais celle où l’employeur en a été informé. Aidez le salarié à reconstituer la chronologie écrite : courriels, rapport d’incident, compte rendu de réunion.
  • Combien de temps s’est écoulé avant la convocation ? C’est la convocation qui marque en pratique l’engagement des poursuites. Au-delà de deux mois, le fait est prescrit, sauf poursuites pénales engagées dans ce même délai.
  • Quelles sanctions anciennes sont invoquées ? Un avertissement de plus de trois ans ne peut plus servir à aggraver une nouvelle sanction disciplinaire.
  • La notification est-elle arrivée dans le mois suivant l’entretien ? Au-delà, la sanction est irrégulière.

Si vous assistez le salarié pendant l’entretien préalable, posez ces questions de dates avant d’entrer dans le fond du dossier.

⏱️ Les trois délais à ne pas confondre

DélaiCe qu’il interdit
Deux mois (L. 1332-4)Engager des poursuites pour un fait connu de l’employeur depuis plus de deux mois
Trois ans (L. 1332-5)Invoquer une sanction antérieure de plus de trois ans à l’appui d’une nouvelle sanction
Un mois (L. 1332-2)Notifier la sanction plus d’un mois après le jour fixé pour l’entretien

Ces trois délais jouent indépendamment. Une procédure engagée dans les deux mois peut malgré tout être irrégulière si la notification arrive six semaines après l’entretien.

❓ Questions fréquentes

Les deux mois partent de la date des faits ou du jour où l’employeur les apprend ?

Du jour où l’employeur en a eu connaissance, dit l’article L. 1332-4. Un fait ancien découvert la semaine dernière reste donc sanctionnable. À l’inverse, un fait commis devant le responsable hiérarchique est prescrit deux mois plus tard.

Un fait prescrit peut-il quand même figurer dans la lettre de sanction ?

L’article L. 1332-4 interdit qu’un fait prescrit justifie « à lui seul » des poursuites : il ne peut pas fonder la sanction. En cas de litige, le conseil de prud’hommes apprécie la régularité de la procédure et le bien-fondé des faits reprochés (article L. 1333-1). Si un doute subsiste, ce texte précise qu’il profite au salarié.

Le CSE peut-il s’opposer à une sanction disciplinaire ?

Non. La sanction est une décision individuelle de l’employeur : le CSE n’est ni consulté ni décisionnaire. En revanche un élu peut assister le salarié à l’entretien, et le CSE peut porter des réclamations si la pratique disciplinaire de l’entreprise devient un sujet collectif.

Une procédure disciplinaire se joue souvent sur un calendrier plus que sur les faits : faites-vous accompagner par notre accompagnement juridique du CSE pour sécuriser votre analyse, et confiez-nous la rédaction de vos procès-verbaux pour garder une trace écrite fiable de vos échanges en réunion.