Licenciement pour motif économique

👋 Moi c'est Walid BENKHALED, ex-avocat en droit du travail, juriste et formateur CSE. Avec CSE ACADÉMIE, nous formons et accompagnons les élus CSE partout en France.

Le licenciement pour motif économique est un licenciement prononcé pour une raison étrangère à la personne du salarié, qui entraîne la suppression ou la transformation de son emploi, ou la modification d'un élément essentiel de son contrat qu'il refuse.

📜 Ce que dit le Code du travail

Quatre articles structurent le sujet.

  • Article L. 1233-3 : le motif économique résulte notamment de difficultés économiques, de mutations technologiques, d'une réorganisation nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité de l'entreprise, ou de la cessation d'activité. Le texte chiffre les difficultés : une baisse significative des commandes ou du chiffre d'affaires doit durer un trimestre dans les entreprises de moins de 11 salariés, deux trimestres consécutifs de 11 à 49 salariés, trois trimestres de 50 à 299 salariés, quatre trimestres à partir de 300 salariés.
  • Article L. 1233-4 : le licenciement ne peut intervenir que si tous les efforts de formation et d'adaptation ont été réalisés et que le reclassement est impossible. Les offres de reclassement doivent être écrites et précises.
  • Article L. 1233-5 : à défaut d'accord collectif, l'employeur définit les critères d'ordre des licenciements après consultation du CSE, en tenant compte notamment des charges de famille, de l'ancienneté, de la situation des salariés dont la réinsertion est difficile et des qualités professionnelles.
  • Articles L. 1233-8 et L. 1233-30 : ils fixent les deux procédures de consultation du CSE selon l'ampleur du projet.

📋 Concrètement, pour les élus du CSE

Votre rôle n'est pas de juger le salarié, mais de contrôler la réalité du motif et le sérieux du reclassement.

  • Réclamez les chiffres. L'article L. 1233-3 raisonne en trimestres comparés à la même période de l'année précédente : demandez les commandes et le chiffre d'affaires trimestre par trimestre, pas une moyenne annuelle.
  • Vérifiez le périmètre. Les difficultés s'apprécient au niveau de l'entreprise ou, si elle appartient à un groupe, au niveau du secteur d'activité du groupe. Une filiale en perte dans un groupe bénéficiaire mérite un examen attentif.
  • Contrôlez les offres de reclassement. Écrites et précises : un intitulé de poste sans lieu, sans rémunération et sans classification ne remplit pas la condition.
  • Ne validez pas les critères d'ordre à la légère. La consultation prévue à l'article L. 1233-5 est votre principal levier sur le choix des personnes concernées.
  • Utilisez vos moyens. Selon le projet, l'expertise du CSE permet de faire analyser les comptes par un professionnel.

⏱️ Deux procédures selon le nombre de licenciements

Point de comparaisonMoins de 10 sur 30 joursAu moins 10 sur 30 jours
Texte applicableArticle L. 1233-8Article L. 1233-30
Entreprises viséesAu moins 11 salariésAu moins 50 salariés
RéunionsUne consultationAu moins deux, séparées de 15 jours minimum
Délai pour rendre l'avisUn mois2 mois si moins de 100 licenciements, 3 mois de 100 à 249, 4 mois à partir de 250

Dans les deux cas, sans avis rendu dans le délai, le CSE est réputé avoir été consulté. Le silence vaut donc avis : ne laissez jamais courir l'horloge sans délibérer.

🔍 Questions fréquentes

L'entreprise gagne de l'argent, un licenciement économique est-il possible ?

Oui. L'article L. 1233-3 retient quatre causes, et les difficultés économiques n'en sont qu'une. Une réorganisation nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité ou une cessation d'activité peuvent justifier des licenciements dans une entreprise bénéficiaire. C'est alors la nécessité invoquée qu'il faut examiner.

Un avis négatif du CSE bloque-t-il la procédure ?

Non, l'avis est consultatif. Mais un avis motivé, chiffré et daté constitue une pièce de référence pour les salariés qui contestent ensuite leur licenciement. Rédigez-le avec soin et faites-le figurer intégralement au procès-verbal.

Quelle différence avec un plan de sauvegarde de l'emploi ?

Le licenciement économique est le motif ; le plan de sauvegarde de l'emploi est le dispositif obligatoire lorsque au moins 10 licenciements sont envisagés sur 30 jours dans une entreprise d'au moins 50 salariés. Tout licenciement économique n'entraîne donc pas un PSE.

Décrypter des comptes et construire un avis solide s'apprend en formation CSE, et la rédaction de vos procès-verbaux mérite un soin particulier dans ces procédures, car ils seront lus longtemps après la réunion.